Avertissement concernant l'usage des cookies sur le site Jingwei

Nous utilisons des cookies uniquement pour un usage technique, aucun suivi publicitaire n est effectué avec ces cookies.

La soft-parade de Miquel Barcelo envahit la BNF

L’art bidon du chiffon-torchon argileux

C’était il y a déjà un mois, la galerie d’accès à ma salle de lecture habituelle de la BNF était fermée à mon arrivée, il fallait faire le tour complet de l’espace central pour pouvoir rentrer.
Une équipe de techniciens en blouses bleues déployait des échafaudages le long des 200 mètres de verrières de l’allée Julien Cain.
Ils se sont ensuite acharnés pendant une semaine à recouvrir de voiles plastiques toutes les structures en métal qui maintiennent les grandes verrières ( 2 m x 6 m) .
Ensuite une seconde équipe menée par un petit bonhomme à l’accent espagnol se mis a tartiner les verrières avec un torchis marron.
A cette époque je pensais que c’était un traitement destiné à rendre la clarté du verre mais j’étais dans l’erreur. les quelques conversations interceptées à la cafétéria mentionnaient une opération exceptionnelle.

Effectivement, après avoir sommairement barbouillé les 1200 m2 de verre, les catalans, car ce n’étaient pas du tout des espagnols passèrent à la phase deux de leur casse.
Le petit bonhomme qui parlait tout le temps et semblait leur chef restait seul sur les échafaudages et derrières les paravents du chantier, traçait des formes grossières dans le glacis encore humide, ses adjoints se contentaient de déplacer les échafaudages à sa demande.


Ca me rappela tout à coup mon père, lorsque déjà âgé, il avait tenu à venir m’aider à repeindre mon nouvel appartement. Il allait très vite mais laissait tomber de grosses gouttes de son pinceau qu’il essuyait ensuite avec un petit chiffon ‘miracle’, m’avait-il expliqué. Mais le miracle laissait malgré tout quelques traces de bleu sur le parquet que je venais de vernir récemment (une erreur de planning). J'aimais bien ce concept de chiffon magique.

Un premier tiers de la galerie fut bientôt livré à nos regards pendant que le chantier déplaçait ses protections sur le tiers suivant.
C’était du foutage de gueule total! Ca de l’art ? N’importe qui aurait pu effectuer ces gribouillis enfantins. Tout ça paraissait très triste et confus dans la grisaille parisienne de février-mars.
Puis une affiche fut placardée sur quelques piliers en bétons: l’homme était un artiste catalan reconnu, Miquel Barcelo, et pour compléter une exposition de ses oeuvres dans une des galeries, il avait réalisé ‘Une fresque monumentale faite de terre et de lumière’.
Cette dialectique ampoulée de conservateur de musée ne faisait que me confirmer dans mon opinion: combien avait couté ce simulacre d’art…
Un dimanche, parcourant la galerie, je croisais celui qui devait être un des responsables de ce machin. Avec de grands gestes il expliquait à sa collègue admirative: “Et le jour de l’ouverture de l’exposition on va balayer l’extérieur avec de gros projecteurs, la lumière va jouer sur les dessins et les projeter sur les parois de bois clair, ça va être magnifique, tu vas voir”….
Planqué, pensais-je en me dirigeant vers mon menu Globes à 9€35.

Puis l’argile sécha et le soleil darda ses premiers rayons

Je retournais à la BNF le mardi suivant, les premiers rayons de soleil printaniers caressaient la grande verrière et c’était magnifique, tout un monde se dévoilait, de squelettes, d’animaux mythiques, de flèches, de longues plantes bizarres.
Etait-ce la lumière, était-ce l’argile qui avait séché et se déchargeant de son eau avait gagné en clarté, toujours est-il que le monde de Barcelo déroulait son caléidoscope le long de la verrière, des têtes de taureaux, des couples de squelettes la main dans la main avec à leur pied toute une population naine qui semblait invitée à leur mariage, des têtes d’indiens, des flèches dans tous les sens et pour tous les sens, des panneaux entiers de mains plus ou moins déformées comme tordues par le travail avec leurs doigts qui tapotaient la verrière.


 

Je compris que le gars était génial, il avait fait surgir de la dimension de son imaginaire tout un monde dans ce château de verre glacé serti de béton gris et d’acier poli.
Il était justement là souriant, au milieu de la galerie, en train de parler avec une très vieille femme aux cheveux blancs, vêtue de noir, qui semblait tout droit sortie de sa fresque.
- Tu as fais ça tout seul ?
- Non j’avais des aides pour déplacer l’échafaudage, répondait-il toujours souriant, il fallait faire vite car l’argile ne peut pas être travaillé trop longtemps.

Je réalisais la performance accomplie, il avait dessiné ses grands personnages, comme cet immense poisson, totalement en aveugle, travaillant sur une sorte de mode solarisation dans lequel il devait imaginer l’effet des rayons de lumière sur les vides qu’il créait dans le support de glaise à l'aide de sa spatule ou de ses avant-bras.
Dans ses commentaires, il explique qu’il n’a fait que perpétuer une technique utilisée dès la préhistoire, d’ailleurs il utilise parfois des os pour tracer ses motifs comme nos ancêtres, il raconte qu’il a découvert cette technique dans sa poterie catalane en remplaçant un mur par une verrière qu’il a fini par décorer.
Bref Miquel Barcelo m’a réconcilié avec l’art moderne. Il faut dire que j’avais été échaudé il y a quelques années par quelques petits cons limite nazillons avec des grosses têtes qui ne passaient plus par les portes et créaient des sortes d’images Warholdiennes, soit disant critiques acerbes de la société de consommation, comme une bouteille de coca géante en plastique rouge ou tous ces pseudos-oeuvres exposées à Versailles et place Vendôme.
Donc bravo Miquel Barcelo. Vive les catalans.

Dernier point: je plains sérieusement le gars qui va devoir concrétiser le côté éphémère de la fresque et décider de l'effacer....


Et une dernière en clin d'oeil aux paroles de Miquel Barcelo qui affirme prendre un plaisir certain à détourner, voici un détournement lumineux de sa fresque

Double détournement

Aucun Commentaire

Ajouter un Commentaire