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City on fire

Garth Risk Hallenberg
Plon Feux croisés 2015

Lu en période de saturation SF et parce que le titre me rappelait un vieux morceau de Blue Oyster Cult. Mais ça n’a rien à voir.
En post intro, un petit commentaire sur la citation placée par l'éditeur en bandeau sur ce pavé: "Eblouissant" The New York Time.
Sachant que ce livre traite d'explosions, d'artifices et de feux dans la ville de New-York, on peut trouver le jeu de mot un peu 'libérationeux'.
On peut aussi se poser la question de ce qu'édite exactement le New-York Time car 80% des traductions de livres nord-américains se retrouvent affligées de ce message publicitaire en bandeau, c'est particulièrement flagrant dans la SF/Fantasy. Certainement une clause imposée par le contrat d'édition, un peu comme le coca des GIs.
Il me semble que l'effet dans le mental des acheteurs français doit ressembler à ceci:

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Mais revenons aux 1000 pages du livre.
A défaut d'avoir lu l'original je dois dire que la traduction se lit parfaitement et semble un travail de premier ordre, c'est d'ailleurs parfois sa qualité qui évite de décrocher et de mettre l'ouvrage au frigo.
Par contre l'histoire est au prime abord fastidieuse et tortueuse. Essentiellement parce que la construction du roman est saccadée par des retours en arrière, par un mixage de séquences qui semble aléatoire. Ainsi on se retrouve à 80 pages de la fin à reprendre la mise en place de certains seconds rôles.
Il faut dire que l'auteur excelle dans la peinture des états d'âme de ses personnages, et qu'il en abuse. Sans doute un goût particulier pour Balzac comme semble le confirmer quelques citations telle celle qui sous-titre le post-scriptum ("Rien ne meurt; tout se transforme").
Ce jeune auteur (la trentaine) semble posséder un goût particulier pour les écrivains français de, ce qui est aux yeux des américains, la grande époque littéraire de la France, car il cite aussi Hugo.
Par contre moins de citations d'auteurs actuels…
Pour qui adore New-York c'est un roman de premier ordre. On y vit les années 70-80 comme si on squattait une ancienne usine du West-End.
Les personnages centraux du roman sont issus d'une famille qui règne sur l'immobilier de la ville et dont l'étendard est une immense tour qu'elle a fait construire en plein Manhattan.
Et partant du haut de cette tour, on va suivre la descente aux enfers d'une génération de cette famille au travers des mouvements punks, des magouilles boursières et politiques, de la consommation effrénée de drogues qui a envahi le pays depuis cette époque.
On va se retrouver le nez collé impudique sur leurs amours torturés, sur leurs psychés amochées par les conséquences de la course effrénée de pouvoir.
Tout cela déroule son caléidoscope sur fond d'une ville monstrueuse en permanente destruction reconstruction, de ghettos incendiés pour mieux exproprier, entre un concert punk improvisé au coin d'une rue et d'une avenue et l'arrière salle d'un disquaire ou s'échange la came, ou encore dans la tête d'un flic à béquilles désabusé.
La symphonie écrite par l'auteur se déploie sur fond de chœurs qui entonnent l'hymne du désamour de la ville, de la vie, de l'homme, de l'art, de la société.
Un peu cliché tout cela me direz-vous.
Oui, mais l'auteur les multiplie, ces clichés, de telle sorte que la situation devient vite inextricable et en arrive à un niveau d'intrigues où il devient impossible d'invoquer la responsabilité d'un Dieu ou d'un Destin.
Un point où seule reste mise à nue la coupable main de l'homme qui enserre les outils qu'elle a forgés pour le crime que ce soit la culture ou le pouvoir. (Ouf)
Cette symphonie déploie ses mouvements comme les trajectoire des balles qui sont venues interrompre la vie d'un ange le soir du réveillon en plein Central Park.
Ce meurtre commis sur une adolescente amoureuse et idéaliste va être le prétexte au très lent déploiement du grand thème du récit: la culpabilité et sa conséquente quête de rédemption dans la société nord américaine.
Avec dans le rôle de la société la ville de New-York.
Résoudre l'énigme posée par le crime devient l'obsession de nombreux personnages. Ils se lancent dans l'enquête avec leurs propres moyens et méthodes, sans toujours comprendre leurs propres motivations.
L'auteur livre petit à petit la motivation commune de chacun d'eux: ils cherchent une rédemption, au sens humain, un effacement égoïste et freudien des fautes qui pèsent sur leur conscience dont ils ne comprennent l'origine.
Aucune mention explicite d'un dieu dans ce besoin de rédemption, mais on le sent roder pas très loin quand certains personnages exploitent la bible pour agrémenter leurs sermons punks. (Les nord américains sont censés avoir foi en lui)
Certains personnage laisseront leur vie dans cette quête car, et cela semble un message majeur pour l'auteur, il n'y a pas de rédemption possible dans la société américaine qui se construit sous nos yeux.

Le récit se déploie tel une symphonie de Tchaïkovski agrémentée de temps forts façon Sex Pistols: crimes, trahisons, sexe, drogue, désespoir, tentative d'évasion d'une ville qui aspire les corps et les âmes, longues scènes d'introspections, déchirements de familles, d'amitiés, d'amours, infidélités multi-niveaux, magouilles à 360° tout s'emmêle en un vaste tableau.
Par un intéressant jeu de l'esprit, nous comprenons que ce tableau devient l'œuvre en trois actes d'un des personnages principaux.
Une œuvre 'Evidente', un concept artistique qui se dissimule dans une autre dimension de la Grande Pomme. Il faut s'approcher et bien observer, un peu gratter les interdits, comme pour des mistrals gagnants à la pomme, et là, aux quatre coins des rues , sous l'asphalte des avenues, dans les messages des panneaux de signalisation de ses innombrables carrefours, au sein du béton et de l'acier de ses buildings, là on découvre une poudre d'artificier qui allume les feux sur la ville.
Ce n'est peut-être pas un Pulitzer, mais du lourd, très représentatif d'une vision actuelle de leur monde par nos amis outre-atlantique. Vision qu'il vont certainement bientôt nous exporter (Allo ? Comment, C'est déjà fait.....)

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