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David Calvo

David Calvo, je n’avais jamais entendu parler de lui il y a deux ans. Il faut dire que j’avais coupé les ponts avec la lecture de SF pendant des année, préoccupé par la croissance de trois graines et le crash de différentes choses dont des startups informatiques. Puis, poussé par un ami, je m’étais à nouveau intéressé à l’écriture de genre. Tout d’abord avec des maitres étranger puis petit à petit avec les français.

Et ce soir là, j’avais suivi le streaming d’une réunion organisée par La Volte avec quelques un de ses auteurs. Le débat était intéressant mais sans plus, jusqu’au moment ou Calvo pris la parole pour expliquer qu’il était positivement paumé et d’ailleurs actuellement hébergé par son éditeur.
Mais peut-être qu’il allait repartir en Islande, il devait terminer un manuscrit. Son discours était plutôt décousu et mettait l’accent sur une certaine poésie, un certain abandon conduit avec grande énergie ...

J’allais découvrir qu’il avait déjà de très nombreux romans à son palmarès, pas tous chez son éditeur actuel La Volte, et en lire quelques uns, parcourir ses iles où se côtoient, dans un style irréprochable et fluide, un Casimir du Gondwana aux mains sanglantes, un enquêteur jardinier maitre des fleurs, un morceau du silence perdu de l’Islande, un délire de flocons techno et une Colline de Marseille.
Voici deux petits billets rédigés à quelques mois de distance sur deux de ses créations qui traitent à mon sens d’une veine majeure de son écriture: la bascule dans la dimension du merveilleux située autour de nous mais dont nous avons perdu les clés.. Ajoutons que dans ses déclarations récentes David Calvo se voit plus comme un Game Designer … comme de nombreux auteurs de SF français.



Elliot du néant

ISBN : 2917157178
Éditeur : LA VOLTE (2012)

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Après la lecture de ce génial roman de David Calvo vous ne regarderez plus les tapisseries de la même manière.
De mon coté je l'ai découvert dans le coin de l'étagère des bouquins d'occase SF de mon usine-librairie, mais ce n'est pas de la SF, ni de la Fantasy, un de ces bouquins que chasse La Volte, un peu autiste et décalé. Comme Elliot, cet être fragile et autiste qui a réussi à fuir son réel.
Au fil des pages David plie insidieusement le réel que nos yeux présentent à notre conscience, il nous rapproche infiniment de cette zone au sommet des angles, très très près, là où leurs cotés ne se rejoignent plus forcément. Le néant s'avère être le tout et notre tout qu'un néant. Elliot l'a toujours su, puis il est parti y chercher son royaume, y jouer sa partition, se glissant entre le ciel de soleil rare, les roches basaltiques déchiquetées, l'océan dévoreur d'une Islande aux portes d'un passage.
Le style flamboyant de Calvo vient enrouler son bras sur nos épaules et nous passons avec lui au-delà de ce monde que l'on nous a greffé dès notre premier souffle, cette logique binaire, ternaire pour quelques rares instants musicaux, où tout se construit comme un banal HLM dont les ascenseurs sont par principe tagués de gris. Et miracle, à la page 272 le vert foncé d'une feuille séchée me confirme la route. Comment a donc fait David ? A moins que ce ne soit La Volte? Ou bien Elliot? Pour ainsi baliser mon chemin. Merci.
Et l'on se retrouve à traiter si simplement, si intuitivement, d'un sujet sur lequel tant la science que la philosophie se cassent les dents et nous cassent la tête avec des théories fumeuses qui nous cloisonnent dans la carte postale d'une vie qui coule dans une toute petite chambre jaune fermée de l'intérieur. Empêtrées qu'elles sont dans l'explication de ce fleuve, de cet océan qui déverse ses remous dans le tout petit espace du conscient dont elles nous affublent.
Sans parler des religions. Bouquin assez clivant. Tous n'y adhéreront mais tentez le voyage sur la piste d'Elliot dans le...

 

Sous la colline

ISBN : 2370490128
Éditeur : LA VOLTE (2015)

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Je sors à nouveau transporté d'un livre de Calvo. Que de mondes m'ont transformé en un mois. Après L'infinie comédie je tombe dans le Corbus de Calvo.
Le Corbus c'est une citée conçue par le Corbusier près de Marseille, un de ces projets imaginés pour le développement de l'homme dans la citée, une gangue qui se glissait dans chacun des ses habitants dès l'école maternelle et les protégeait de l'État de Nature jusqu'à la fin de leur vie. Aujourd'hui l'utopie a vécue et nous sommes conviés aux derniers sursauts de la bête, là où les énigmes ultimes se dévoilent.
Et j'y suis très sensible car moi aussi j'ai grandi dans une de ces énormes nefs de béton. Et comme les habitants du Corbus de Marseille, j'ai eu la chance que ce ne soit pas une simple muraille de Chine comme ces barres qui dégueulaient dans ma périphérie stéphanoise d'ado. Ces déserts de foot et d'alcool d'où ont fini par surgir 'les banlieues sensibles'.
Mon arche de béton possédait elle aussi une âme avec ses salles de spectacle, ses salles de sport, ses bars et ses clubs. Il y avait aussi un atelier-garage, une menuiserie, des expos d'artistes du crû, des ateliers photo. Et puis de magnifiques rampes verticales en laiton doré sur lesquelles on s'accrochaient pour se laisser descendre comme nos pères qui eux se ruaient la nuit vers ces rutilants véhicules rouges aux gyrophares clinquants, garés dans un vaste hangar dont les portes s'ouvraient comme les soutes d'un vaisseau spatial pour laisser jaillir la meute d'engins énervés toutes sirènes hurlantes. Puis la nuit reprenait ses droits sur nos âmes d'enfants, les échos des sonneries s'éteignaient dans nos têtes, la légère pointe d'inquiétude rendait les armes face au général sommeil. Ce n'est qu'au matin que l'on apprenait parfois que certains n'étaient pas rentrés. On regardait les vaisseaux aux tôles tordues et brûlées être remorqués à l'intérieur du garage où ils étaient hissés sur des ponts de réparation.
Et je me rappelle parfaitement ces gigantesques sous-sols de béton brut sur plusieurs niveaux où régnait le mystère et pulsait la Gyre de David Calvo. Nos modulors étaient bien souvent des clochards qui se glissaient là en quête de chaleur. J'ai souvent eu la sensation que ces sous-sols étaient un labyrinthe qui cherchait à nous piéger et dont nous ne nous extirpions qu'en nous coulant à-travers les murs de béton. À cet âge l'appel du soleil rend invincible.
Je ne vais pas détailler toutes les nuances de la transformation qui se déroule sous la colline, à vous de vous glisser dans les rêves du vieil architecte et de cette colline aux petit seins.
Donc ce livre est l'un des meilleurs parmi ceux que j'ai lu ces dernières années. Calvo possède l'art de faire s'ouvrir les mondes, monter la magie et la poésie, même à partir des restes de béton Gris d'une architecture trop ambitieuse pour notre monde de routine.
  N'hésitez pas un instant, ça peut vous sauver.

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