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L’Europe après la pluie

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Roman – Science-fiction
Philippe Curval
Editeur: La Volte
ISBN : 9782370490186
Avril 2016

Et oui vous avez compris, je vais écrire quelques mots sur le BrExit et sur la pluie qui pourrit ce mois de Juin et qui a pourri partie de Mai. A tel point que je ne sais plus si je dois continuer à plier le français et mettre des majuscules à ces noms de mois qui dans le passé étaient l’annonce de vacances.
Coïncidence, ce référendum populiste intervient alors que je viens de terminer la lecture, relecture pour partie, du pavé de Philippe Curval consacré à l’Europe.
Curval, quel bel animal. Je lisais déjà ses titres alors que je découvrais à 14 ans la science-fiction à la librairie municipale de Saint-Etienne, juste en face du cinéma Royal, le tout bien sûr disparu depuis, ou, disons, en phase de disparaitre si Google Map est à jour.
Je n’ai pas remis les pieds là-bas depuis très longtemps, tout comme je n’avais pas relu Curval depuis très longtemps. Les multiples rééditions de La Volte le concernant ont fini par me cerner et j’ai rendu les armes en me plongeant dans le pavé sur l’Europe. Et ça décape, à commencer par l’image de couverture, un tableau de Max Ernst du même titre peint en 1942, date qui donne toute sa force au titre et un sens très acide à la pluie. Toile dans la filiation d’œuvres sur une apocalypse telles celles de Jérôme Bosch. Les écrits rassemblés ici complètent idéalement ces visions.

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Le livre regroupe trois romans écrits entre 1976 et 1983 : ‘Cette chère humanité’, ‘Le dormeur s’éveillera-t-il ?’ et ‘En souvenir du futur’. Le triptyque décrit les facettes d’un avenir noir et torturé où tout déborde et sort du cadre bien clair tracé par un traité, que ce soit la science et ses inventions ou le social, l’humain. Le style de Curval est efficace, sans fioritures, il est agréable à lire.
Le plus ancien roman s’enfuit dans un délire dont j’apprécie la créativité mais c’est celui que j’ai eu le plus de mal à digérer, peut-être à cause de cet esprit iconoclaste qui caractérise l’auteur et qui demande plus d’efforts d’abstraction. Philippe y aligne tellement de thèmes, devenus questions classiques et exploitées depuis par nombre d’auteurs de science-fiction, qu’il faut s’accrocher pour boucler l’ensemble. Nous sommes dans les années 70 lors de son écriture, en pleine libération post-soixante huitarde, et il faut être d’un esprit très rebelle pour discerner dans l’époque les prémices de notre monde actuel. Encore une fois, de nombreux auteurs feront du monde fermé et au-delà de l’ostracisme qu’il imagine le caviar de leurs romans (Cf. Maurice Dantec).
Le second est d’une plus grande consistance scénaristique, guidé par une construction plus rassurante il est plus facile à lire. Par contre il nous délivre le même message de déliquescence des valeurs et de dilution de l’humanité dans les rêves. Un Matrix avant l’heure des ordinateurs et des dimensions parallèles dont on ne peut qu’admirer la beauté de la vision. Les personnages aussi y sont plus consistants, en général tous des déviants de la normalité. Dans ce roman, la critique des élites qui nous dirigent, de ce monde uniquement basé sur des visions d’enfants riches, attardés et égoïstes, prend toute sa force, il faut absolument le lire.
Le dernier tome s’attaque au temps, en détruit la linéarité passé-présent-futur que la routine de nos vies finit par nous faire prendre pour une réalité. Certes nous jonglons parfois avec les concepts d’espace-temps comme avec la mode actuelle des uchronies, mais il reste très difficile de décaper nos esprits de centaines d’années de culture ayant posé le postulat en axiome, ayant découvert des théories mathématiques brillantes qui gouvernent l’espace-temps.
Dans ce roman le temps n’a pas la forme d’un arbre inversé dont chaque instant se ramifie en une multitude de branches, il est plutôt comme un lac dans lequel des nageurs vont plonger. Un lac qui reflète notre monde et plus particulièrement cette entité que Philippe a nommée le Marcom et qui devient l’enjeu de politiciens manipulateurs.
La vision est effrayante, imaginez n’importe lequel de nos politiques actuels occupé à lancer ses nageurs dans le lac pour que l’Europe corresponde mieux à ses attentes. Philippe nous décrit des ‘Barons noirs’ de la politique qui ne se contentent pas de déplacer des pianos ou de fomenter des coups en loucédé. Sa vision est plus torturée car l’avidité de pouvoir est plus forte, plus brutale que ne le décrit la, par ailleurs bonne série de Canal.
Pour s’en convaincre il suffit de se réveiller sur un référendum où les anglais ont choisi de quitter l’Europe et de voir les forces se déchainer en se demandant jusqu’à quelle limite elles vont monter.
Est-ce que les loups vont finir par entrer dans les villes ? Mais ils y sont déjà ! Est-ce que nous avons atteint le summum de la crise de l’emploi ? Loin de là ! La surface du lac peut-elle s’enflammer sur une guerre ? Certainement. Ce roman pourra vous laisser très mal dans votre peau, fétu flottant dans un temps sans issues car, ironie cinglante, il est lac et non passage.
La trilogie est complétée par deux brèves nouvelles, des branches connexes aux romans. Elle est préfacée d’un mot de Jean Quatremer, journaliste expert en euro science (ne pas confondre avec neuroscience) et qui conclut par un journalistique et classique ‘ le pire n’est jamais sûr, même s’il est hélas souvent probable’. Ambiance.

J’ai fouillé sur le net pour me mettre à niveau sur Philippe Curval. Déjà pour trouver une photo de lui jeune. Google est sec! Tout ce que j’ai pu trouver ce sont des photos des dix dernières années. Curieusement tous les auteurs de SF se mettent à ressembler à Philippe K. Dick en vieillissant : dégarnis du chef, barbus, le regard vif et bienveillant. Une image qui reflète tous les mondes traversés par son possesseur. En ce qui concerne Philippe Curval j’ai découvert que les mondes ont été très nombreux, les temps multiples comme les engagements. Ce gars est né la même année que mon père et a commencé à publier un an après ma naissance (moi que mes enfants voient vieux) ! Et il publie encore. Ses intérêts ont été multiples, presque anarchiques ou anarchistes. Il a tout croisé toutes les graines de culture aujourd’hui germées et participe encore à des débats comme dernièrement avec son éditeur La Volte. Respect.

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J’écris ces lignes alors que les frimas de juin étendent leurs filaments sur la demie France du nord, le haut de France en termes hexagoniques. Par réflexe, je regarde les vitres pour vérifier qu’elles ne sont pas recouvertes de fines zébrures de glace, ce n’est heureusement pas encore le cas. Mais que cette semaine s’annonce grise. Ce matin les nouvelles oscillent entre le BrExit, la ‘votation’ pour un aéroport à Nantes et la qualification de la France en quart de finales de la coupe d’Europe de foot. Suis-je encore en train de lire L’Europe après la pluie ? Ces thèmes n’ont pas tous le même poids, ne devraient-ils pas être traités avec des priorités différentes ? Les producteurs de pétrole des médias en ont décidé autrement, mais il est certain que le BrExit va créer de l’emploi de leur côté. Un gisement qui pourrait étendre ses ramifications jusqu’à Bruxelles où il va falloir combler toutes les niches abandonnées par les courageux sortants. Dans les branches normales de l’activité, c’est plutôt l’inverse qui est à craindre, vu le poids des British dans notre commerce extérieur, ça va faire mal à la France. Et sauf à réussir à héberger l’Ecosse et l’Irlande du nord au Larzac, je crains que la facture ne soit lourde.
Serons-nous privés de série anglaises avec le Brexit ? Hasta la vista aux inspecteurs british du dimanche soir ? Adios Dr Who ? En tout cas voilà un pirate qui n’a pas voulu voir ça et nous a lancé un dernier salut de son chapeau.


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Le début d’une migration new age ? Les anglais ont toujours été surprenants…



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Pendant ce temps ce qui reste de nos écolos va continuer à se chamailler avec le premier ministre comme dans une cour d’école maternelle à propos de l’affaire de l’aéroport de l’ex-premier ministre et maintenant ministre des affaires étrangères. Effrayant que ce soit ce gars qui soit en charge de nous représenter dans le Marcom, son seul atout semble son passé de professeur d’allemand.
Les autres, ceux dans l’opposition (mais en dehors de la majorité, un concept français que cette opposition au sein de la majorité), en sont tous à vouloir réécrire un traité. La dernière fois cela a pris plus de quinze ans et ça me semble la vraie vision stratégique de la réaction à adopter ! L’ancien président veut verrouiller le traité de Schengen et transformer l’Europe en cette forteresse de vieux aux frontières inviolables décrite par Curval dans son premier tome. Le reste de la meute oscille entre d’autres non idées.
Quant au nuage gris-noir, il ne rêve plus que d’élections sur fond bruits de matraques de casseurs, d’émigrants de Calais embarqués à destination du Royaume désuni. Sans trop se poser de question sur ces anglais qui ont voté la sortie, totalement convaincus de la victoire de l’autre camp, et maintenant pleurent leur décision d’écervelé. Je dis ça mais je ne vote plus. La donne vient peut-être de changer, un positionnement à réévaluer. Surtout quand on voit le non-résultat des Nuits debout laminées par la routine et les pro de la contestation à base de commissions participatives.
Tous espèrent certainement que l’équipe de foot va réussir à faire un beau parcourt dans la compétition actuelle pour occuper l’espace à Coca-Cola des esprits. Les temps sont pires et ironiques, pour compléter la citation de Quatremer.
Quelles pistes ? Tirage au sort ? Retour à une Europe des villes, comme au moyen-âge ?

En dehors de cette réalité pas très réjouissante je souhaitais vous parler de musique et de cinéma. Mais j’ai plus envie de sauter sur une moto et de prendre la route. N’ayant de moto, je fuis dans le code…

Je reprends donc ce billet une dizaine de jours plus tard, le temps a planté ses griffes plus profond et Maurice Dantec, que j’évoquais plus haut, a enfourché un de ses démons. J’avais beaucoup aimé certains de ses romans, dont Babylon Babies, qui avait fait l’objet d’une adaptation décriée par la critique mais que j’avais plutôt appréciée par Mathieu Kassovitz le torturé.
Kassovitz qui vient de boucler pour Canal un second volet du Bureau des légendes qui ressemble de plus en plus à un roman de Dantec.

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Depuis mes derniers écrits, les partisans du Brexit se sont tous défilés et nos amis anglais viennent d’instancier un hybride de Margaret Thatcher et d’Angela Merkel nommée Theresa May (née Brasier). Ses noms et prénoms indiquent déjà le programme : Thérèse pour ce que l’on sait mais à l’anglaise, May pour le peut-être de la situation et le Brasier pour le peuple anglais. J’aurais dû le deviner, c’était écrit entre les lignes des prédictions sur l’Europe de Curval. Le gros gâteau européen est là et les puissants choisissent des champions avec le plus d’appétit pour découvrir la meilleure manière de le déguster.

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Je finirai ce billet dédié à Philippe Curval en évoquant le film The Strangers qui a occupé 2h30 du dimanche après-midi de la finale de coupe d’Europe perdue (no comment). Un coréen parfois long et fastidieux mais bien meilleur que la sauce marvellienne que je ne digère plus. Les acteurs masculins coréens respectent les lois de l’acteur en vigueur dans ce pays, un peu comme Depardieu le fait chez nous. Ils forcent tous les traits de naïveté et de lourdeur de leur personnage pour bien nous montrer qu’ils sont des gens comme nous, pas forcément toujours futés, un peu lourds et grossiers, souvent dépassés par les évènements avant de sortir lentement de leur torpeur pour reprendre leur destin en main. Mais en Corée on ne réussit jamais totalement à reprendre son destin en main. Le diable du nord bricole toujours ses vecteurs nucléaires.
Les scènes d’avalage massif de soupe à grand bruit d’aspiration, à la mode asiatique, sont annonciatrices d’hécatombes. Hong-jin Na est un peu long dans certains développements mais talentueux, il jette dans sa soupe les fantômes qui peuplent nos rêves et cauchemars, les rumeurs et croyances de tous acabits, de tous archevêques ou shamans et fait chauffer en remuant sous la pluie et les éclairs qui font notre quotidien. Ensuite il fixe les scènes avec l’appareil photo du diable, un appareil japonais, étranger, fantomatique et rouge brulant. Le film est loin de la perfection et passe par les hauts et les bas des montagnes coréennes. Comme un concert sans fin, alors que l’on croit la conclusion signée, que le bras de chef d’orchestre vient de dessiner le dernier temps, que le guitariste a plaqué l’accord final, un sursaut de vent vient changer la donne, reconfigurer les hypothèses et rappeler les acteurs pour un nouveau bond vers l’enfer quotidien qui pave l’âme coréenne.

the strangersthe strangers



Deux mots sur ce superbe opéra de Rossini joué par notre président adoré et son coiffeur, sur Facebook qui me gonfle tous les matins à vouloir que je re-publie des posts du passé dont certains sont extrêmement douloureux. Sans doute une manière pour eux de maintenir l’humanité par le rappel que la douleur existe.
Aujourd’hui les zuckersbires m’ont incité à écrire un post sur le 14 juillet, comme les centaines de milliers de français, dans l’objectif cette fois de maintenir la cohésion nationale...
J’ai donc sorti ma trompette pour un récital qui commence par: Largo al factotum, dédicacé à ce cher président pape François:
Tralala-lalala-lalala-la !, 
Ah, che bel vivere, che bel piacere...
Che bel piacere, per un barbiere di qualità, di qualità !



Ensuite j’ai solennellement prononcé quelques mots, ouvrant le robinet de la fierté nationale,
Tata tata tsoin tsoin (version Hendrix j'aurai préféré mais Ginsbourg n'était pas Hendrix), sortez les chevaux légers et les parapluies bulgares, il pleut sur les rafales et les fières guêtres blanches perdent leur fine couche de peinture rapide sur les pavés des champs, laissant le pognon des marchands d'armes éponger le sang qui déferle en vagues sur la vaste plage, sous les pavés.



Comment conclure ce billet plutôt déprimant ????  Peut-être en évoquant la montée d’un futur fléau nommé Maladie de Lyme. Un truc que nos beaux labos pharmaceutiques n’ont pas vu venir, occupés à soigner leurs marges, et que nos ministres de la santé refusent de reconnaître car ça coulerait leur budget de faire un minimum de prévention. Cela rappelle les débuts du VIH. Courage. A suivre.

PS: Avez-vous lu des JPad Book, nos livres en ligne gratuits

PS4: Vous pouvez aussi y déposer vos écrits pour les confronter au net...

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