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La solitude du blogueur de fond

Dans ce billet beaucoup de vrac quotidien au fil de pérégrinations qui ne souhaitent pas forcément s’imposer dans le méta-univers des blogs. Donc sont abordés la prochaine palme de Cannes ‘Ma Loute’, le Dalton Trumbo, La terre bleue de nos souvenirs, Cœur d’acier,  Les Enfants de l'eau noire et diverses réflexions de comptoir.

Hier, au réveil je me suis dit qu’il était agréable d'entendre la voix de Nougaro le matin, mais je savais que tôt ou tard je retournerai à mon hyperloop personnelle entre ‘Thought I was a spaceman’ de Blur et ‘Perfume do Invisivel’ de CéU. C’était Christian Laborde , invité d’une émission du matin, qui avait apporté son adoration du Toulousain sur les ondes. Ensuite il nous parla de la ferme des milles vaches qu’il exécrait. De la vie d’une vache d'élevage parmi milles, coincée dans son box de béton sans salon ni wc mais rempli de capteurs et d'ordinateurs. Elle qui n'avait pas comme nous bienheureux la possibilité de mettre dans son box le moindre meuble Ikéa, la moindre tablette Android pour écouter les infos en boucle. Pas la moindre boite mail non plus pour recevoir ses impôts, ni même de boite aux lettres où fourguer les pubs des grandes surfaces. La vache parmi milles, elle ne sort plus, que gagnerait-elle à prendre le métro pour se rendre au boulot ou à pole-emploi, elle peut bosser sur place la vache. Peut-elle encore rêver personnel cette vache? Est-ce possible sans contempler le ciel et ses étoiles qui ne sont des candidats d’un vaste The Voice galactique, sans penser aux exo-planètes non polluées et autres clichés du tas de fumier marketing? Heureusement il existe des lobbies qui œuvrent pour lui donner la TV, ou même la fibre internet, à la vache. Un mobile aussi, ça tient dans un box, pour qu’elle puisse se faire milles selfies comme une première présidente, la vache. Pour se prouver qu'elle n'est pas qu'un numéro 6, avant qu'elle ne soit bouffée. Tôt ou tard le monde traite ses hommes comme ses animaux à moins que ce ne soit l’inverse.

L’univers du nord de Bruno Dumont dans Ma Loute et Petit Quinquin

ma-loute-1Si vous avez déjà vu Petit Quinquin, diffusé l’an dernier sur Arte, et si vous avez été surpris, c’est le moment d’acheter une séance pour Ma loute , ce dernier film de Dumont est le prequel très réussi.
Que dire de cet univers surréaliste et critique des ratés de notre pensée, de ses limitations. Un mélange de Monty Python et de jacques Tati, dont Dumont est certainement un adorateur. Chez Dumont les images de la Côte d’Opale sont toujours superbes, les trognes sont patibulaires et les corps sont déformés par on ne sait si c’est la consanguinité, le travail, la bêtise. La critique de ce que nous croyons le réel est cinglante. Ce nord il l’aime et il hait certains des chemins qui l’on conduit ou il se trouve. Sa haine est violente, poétique et impudique. On s’attendrait presque à voir apparaître le visage boursouflé de Martine Aubry ou le trou du cul de son successeur à la tête des Hauts-de-France.


Contrairement à Petit Quinquin une brochette de bons acteurs s’éclatent dans ce film et ils sont accompagnés par des non acteurs qui tirent bien leurs barques de la baie. Chez Dumont les acteurs sont tous choisis pour leur trogne et leur dégaine, des rôles principaux aux plus petits figurants, quelques-uns d’entre eux:
Fabrice Luchini (André Van Peteghem), Juliette Binoche (Aude Van Peteghem), Valéria Bruni Tedeschi (Isabelle Van Peteghem), Didier Desprès (Alfred Machin), Jean-Luc Vincent (Christian Van Peteghem), Brandon Lavieville (Ma Loute Brufort), Laura Dupré (Nadège). [Warning: liens vers Télérama, pour ceux qui n’aiment pas, ne pas cliquer].
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Luchini, Binoche et Tedeschi s’éclatent dans des rôles décapants où Dumont semble avoir dicté jusqu’au moindre plissement peau.
le film est une totale réussite et un candidat certain pour une palme.
Mais est-ce que les palmiers de Cannes sont de vrais palmiers, c’est une autre histoire.

 

Dalton Trumbo

dalton-trumbo-de-jay-roach_5586931Ce film de Jay Roach est particulièrement réussi, en particulier si on le compare à l’étrange et raté Avé César! des frères Cohen qui traitait du même thème: la vague de maccarthysme qui sévit aux USA du début des années cinquante jusqu’aux années soixante et même soixante-dix.
Le film est illuminé par la prestation de Bryan Cranston dans le rôle de Dalton Trumbo, ce bourreau de travail de l’écriture et génie du scénario. Cet acteur passé de Malcom à Breaking bad en croisant Little miss sunshine est au dessus du lot, il écrase de son aisance tous les autres interprètes qui sont loin d’être des débutants.
Bien sûr le film est dans le format hollywoodien classique de ces hommages américains qui récupèrent dans le giron de leur civilisation l’un de ceux qui l’ont combattue et certainement parfois haïe. On pourrait appeler ça une reconnaissance à la Pyrus: le héros devient un martyre mais il agissait toujours pour le bien de la société américaine, pour la préservation du droit à travailler tout en préservant son indépendance.
Alors qu’aujourd’hui le vrai problème de cette société nous tombe sur le nez, aussi bien en Europe qu’aux USA et c’est le travail lui-même. Ses vertus semblent avoir dérivées avec le réchauffement climatique et ne plus être en phase avec les nouvelles et anciennes générations qui, devant l’impossibilité et le refus qui leur sont opposés pour y accéder, se tournent vers autre chose, un nouveau concept qui sera certainement très long à cristalliser si jamais il y réussit.
A ce sujet la vague de Nuit Debout démarrée dans notre pays en mars semble bien loin de pouvoir survivre, entre récupération par des socialistes qui ne savent à quel rideau de fumée se raccrocher et condamnation par les partisans de l’ordre (dont certains socialistes avides d’état d’urgence, de 49.3 et de guerres post coloniales). De ces multiples nuits ne semblent compréhensibles que les messages pour fabriquer de la soupe que les CRS jettent à l’égout: un peu léger comme résultat.
Mais sait-on jamais de cette soupe vont peut-être réussir à émerger quelques bonnes idées, quelques parfum d’invention. En ce qui concerne les actions cela semble très compliqué que quoi que ce soit en émerge si ce n’est un terrain de jeu pour casseurs, tant notre société Française est bardée de législations et contrôlée par ses castes. Il semble que toute action, toute adoption de règle non issue de l’ENA doive obligatoirement passer par la filière politique. Or la politique est morte en France.
Mais revenons à Dalton Trumbo, en 2015 les frères Cohen se sont aussi frottés à rendre un hommage aux artistes victimes de l’absolutisme libéral américain. A croire qu’il y a eu un mot d’ordre donné quelque part: répudions le maccarthisme. Mais leur film, Avé, César! est en demi-teinte.
On a l’impression qu’ils ne savent sur quel pied danser: critiquer des communistes d’opérette qui bricolent l’enlèvement d’un acteur connu pour arriver à leur but ou rendre un hommage grinçant à la conviction des studios dirigés par des hommes de main à poigne investis d’une foi illimitée dans leur mission inébranlable. Tout compte fait le Trumbo de Jay Roach est bien meilleur.

La terre bleue de nos souvenirs

La terre bleu de nos souvenirs


Dans ce roman, Alastair Reynolds nous délivre le premier tome d’une trilogie se Space Opera: Poseidon’s children.
A ma connaissance c’est le seul de la trilogie traduit en français à ce jour (?). alastair-Renolds
Le monde de cet auteur à succès écossais, comme bon nombre de ses contemporains, est à 80% l’assemblage de concepts technologiques des années 70 à 2000 passé en mode germination prospective. C’est donc rempli d’appareils de communication quantique, on y croit tous, nous qui écrivons, sans doute du fait que la 4G et ses évolutions LTE sont un tel désastre de couverture en France que l’on peut se dire que la seule solution c’est le quantique des quantiques. De longues pages sont là uniquement pour expliquer ces évolutions. la Terre est passée par des guerres mais le capitalisme est toujours là et l’affrontement des blocs géopolitiques aussi, sauf que s’y rajoute les occupants des océans.
Rien de bien original par rapport à certains romans moins connus tels la trilogie des Rifteurs de Peter Watts ou d’autres plus anciens et qui sont devenus des classiques du Space Opera comm
e La Saga du Commonwealth de Peter Hamilton (non il ne suffit pas de prendre Peter comme prénom pour écrire de bons livres de SF).
La construction du roman est d’un mécanique rasoir et se base sur la découverte d’une série d’énigmes éparpillée entre les planètes, le tout agrémenté de personnages fantastiques et de situations toujours périlleuses, bref le jeu de l’oie.
Difficile de trouver un message qui ne soit un poncif dans l’ensemble. L’histoire avance avec le dialogue des personnages, c’est encore une fois écrit pour du cinéma ou de la série. D’ailleurs Alastair Reynolds, comme de nombreux auteurs anglais a écrit pour Docteur Who et certains scénarii de films. Ca plombe aussi un peu le roman. le Cycle des inhibiteurs était sans doute meilleur. A moins que les deux tomes suivants ne redressent la barre. la trilogie semble connaître un bon succès d’édition dans le monde anglo-saxon, la traduction française des deux tomes suivants ne devrait pas tarder. Pour les fans de Space Opera ça peut se lire mais on trouve aussi bon dans l’hexagone encore nommé France.

Cœur d’acier

 

Coeur d acierBrandon Sanderson est un des pro de la Fantasy américaine, ici il fricote avec la Science-Fiction. Ce premier tome d’une trilogie qui se conclue cette année 2016 par Calamity (traduction pas encore disponible) nous présente un univers très proche des bandes dessinées et films de Marvel et D.C. Comics: des supers héros à foison qui débordent de leur naïve conception de sauveurs originels pour plier le monde des humains normaux à leur caprices et délires.
Sans doute une opportunité commerciale à exploiter industriellement et sait-on jamais, peut-être qu’un studio ou une startup du streaming pourrait s’intéresser à des supers machins non estampillés Marvel ou DC Comics. Donc c’est une nouvelle fois un roman conçu pour une adaptation aisée en série. Les américains sont lassants à nous vendre des scripts pour des romans. C’est rempli de dialogues et le découpage est mathématique, enchainant les scènes d’actions et les scènes de résolution du mystère qui accrochent ceux qui ne sont pas férus de baston.

Là aussi très peu de critique sociétale, cet aspect de la SF semble gommé par les donneurs d’ordre. C’est un produit qui se lit comme un paquet de coquillettes achetées à la grande surface du coin. On peut rajouter une sauce bolognaise virtuelle sous forme de musique métal en fond sonore pour ceux qui supportent la musique lorsqu’ils lisent. Les personnages de Brandon Sanderson ne sont pas plus cons que les Captain America ou autres Iron Truc, les méchants sont méchants à souhait et très noirs, certains peuvent même devenir des gentils. Donc high level de psychologie comme on peut s’y attendre.
Ne pas trop fouiller sur le côté futuriste science-fiction de ce cœur d’acier, notre amis Brandon a choisi de ne pas trop s’embêter avec la vraisemblance scientifique, nous sommes plus proches de ses univers habituels de Fantasy que de véritable SF ici.
brandon sanderson
Peut se lire mais on trouve de biens meilleurs ouvrages en SF française actuellement, de mon côté j’ai fait une indigestion de supers héros et n’ai pu digérer les derniers Batman contre Superman ou Captain America: Civil War, sans parler des X-Men qui eux aussi sont en pleine ‘dérouillade fictive et virtuelle’. Heureusement qu’il y a des films comme Ma Loute pour survivre à cet indigence cinématique.

 

Les Enfants de l'eau noire

les enfants de l eau noireJoe R. Landsdale nous livre ici un petit bijou de polar qui se déroule dans un bayou encore plus sauvage que celui que l’on peut rencontrer chez James Lee Burke. Il ne passe pas une page sans que l’on soit accroché par le stress qui monte au fils de la fuite de ce groupe d’enfants sur les courants de la rivière, de ces courants de vie qu’ils partagent avec la mort.
Landsdale est un touche à tout qui a travaillé sur les scénarii de nombreuses séries TV et bandes dessinées, a écrit des romans de SF et Fantasy ainsi que de nombreux policiers. Son œuvre littéraire est protéiforme.
Dans ce roman, la traduction est de très bonne qualité, aucun mot superflu, aucune fioriture destinée à une éventuelle adaptation écran (ouf!), tout tend à noircir l’atmosphère avec l’efficacité optimale.

La critique sociale est dure, ces états entre Louisiane et Texas sont les terres abandonnées des USA et semblent destinés à accueillir tant les calamités de la nature que celles petites ou massives inventées par les hommes.
Le roman se déroule dans un passé qui ressemble à l’entre deux guerres mondiales du XXe siècle et l’on rencontre toutes ces mauvaises graines qui ont germées avec la jlansdalesociété américaine et qu’elle n’a pas su éliminer, tout y passe: racisme généralisé avec les relents de KKK, homophobie comme une norme de vie, condition féminine envisagée comme esclavage, religion portée par des évangélistes au passé de criminel, système d’éducation déficient et pauvreté crasse des populations où même les anciens riches sont incapables de maintenir leur niveau de vie car leurs rejetons sont trop cons et en arrivent à manger la dernière mule qui leur était indispensable. Au loin retentit l’appel d’Hollywood comme celui de sirènes qui hanteraient les eaux noires.
A lire.

 

The End

Et c’est la fin de ce billet, alors que retentissent les échos des mains vertes qui tapent sur le cul des militantes comme le feraient les gros mâles puants l’alcool de bois des eaux noires au fond du bayou.
Vaste sujet que celui de ce monde de DSK et de Baupin, sans parler de Sapin ou d’autres ministres adorateurs de la fessée. Un sujet où il serait trop facile de charger la barque de quelques énergumènes à l’ego plus violent que les autres. Le problème est global, noyauté dans l’éducation. Quel gamin n’a pas à un moment douté de la manière de se comporter, car rien n’est totalement intuitif, et glissé, essayé les mauvaises pratiques sur les conseils d’un fanfaron, comme il s’en trouve toujours dans un groupe, ou d’un réel bourrin de la relation homme-femmes. Quand à l’autre côté, qu’en dire ? N’a-t-il pas lui aussi ses DSK et Baupin ? Il me semble en avoir rencontré quelques-unes, mais certainement pas en nombre aussi important, sans commune mesure même. L’éducation actuelle ne semble pas avoir progressé, constat rapide lorsqu’on laisse trainer ses oreilles dans les groupes de jeunes des transports en commun de banlieues.




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