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The three body problem

Premières impressions

[Cixin Liu - The three body problem +The dark forest]  & [James Corey - Nemesis Games]

Prix de gros pour de la SF Space Opera dans la veine US. Même si les deux auteurs pourraient paraître assez différents: le premier Chinois pur jus et le second virtuel US car écrit à 2 mains sous pseudo.
Ce qui les relie: tous deux écrivent des aventures qui s'étalent sur de nombreux tomes et connaissent des diffusions massive, chacune visant des adaptations écran et de gros succès populaires.

Cixin Liu nous propose une épopée qui s'enracine dans la Chine de la révolution culturelle maoïste pour se projeter dans le futur de l'humanité. Disons que le point de vue original sur la période des purges maoïstes est très intéressant mais très vite gommé par un futur au gout de capitalisme autoritaire mondial, sans doute le reflet de la pensée Chinoise en vogue aujourd’hui.

Mais cogner sur le régime en place en Chine, ou tout au moins sur son passé sanglant, n'est pas la préoccupation majeure de l'auteur, sa formation scientifique l'entraine trop souvent dans le remplacement de la critique par des débordements pseudo-scientifiques.
On cherche d'ailleurs les messages critiques, propres à toute bonne SF qui se respecte, dans ses écrits. il traite de la société mais en s'attachant à l'individu. Ses héros sont des scientifiques ou des policiers caricatures de ces flics grognons que l'on retrouve dans tous les films polars d'Asie.

Certaines pages de délire scientifique sont dures à supporter, à ne pas sauter, en particulier celle qui fonde le titre de ce premier tome d'une trilogie en devenir: un ardu problème mathématique de planète avec 3 soleils qui brulent toute tentative de développement d'une civilisation qui oscille entre la vie et des stases de lyophilisation.
Là est peut-être l'esquisse d'une critique mais elle n'est pas mise en avant, le soleil rouge sang du communisme alien ne brule que des sociétés incapables de décoller vers l'espace. Et lorsqu'elles réussissent à le faire c'est pour se transformer en envahisseurs sans âme.

De très bonnes idées dans le premier tome. N'ayant lu qu'une traduction en anglais, je ne peux apporter la moindre opinion sur le style de l'auteur.
Le style de la traduction US est assez inexistant et se rapproche de celui de Corey: les protagonistes passent de longues pages à discuter de pecadilles et les scènes d'action (plus rares que chez Corey) font preuve d'une surabondance de détails...gonflante. Comme si cela permettait de mieux les ancrer dans la réalité.

C'est un de mes principaux reproches envers une grande majorité de livres anglo-saxons. Que ce soit Peter Hamilton, Neil Stephenson, Corey, tous ont adopté ce narratif Bricorama et ont oublié ce qui fait le charme d'anciens grands maîtres tels Van Vogt, Heinlein, Zelazny ou Iann Banks. Plus vite est réglée la scène d'action meilleure est le rythme et agréable la lecture. Ainsi pour Banks une bataille spatiale entre vaisseaux de la Culture pourra se régler en trois phrases courtes. Tout ces auteurs récents écrivent des scripts plutôt que des livres. Mais autant un mouvement habile de camera peut-il saisir plusieurs pages de script en quelques secondes, autant la lecture de ces mêmes pages va consommer des dizaines de minutes voir des heures et écraser d’ennuie tout être normalement constitué.
Et c'est chiant sauf pour les férus de détails qui aiment ne pas sortir de leur boucle onirique et masturbatoire pour devenir des experts.

Donc j'en viens à Corey. Pour l'entité à 4 pieds ce cinquième tome atteint le niveau de la Ford T, tout y est industriel, les paragraphes alternent entre les 4 héros, chacun le sien pas d'embrouille. Pourtant les trois premiers tomes étaient passionnants. A se demander si ce ne sont pas des second couteaux qui ont été chargés de l'exploitation de la licence Abbadon's gate.

Retour quelques mois plus tard sur Cixin Liu

Non les triades ne m’ont pas attrapé pour me contraindre à changer mon opinion sur leur protégé.

  


Mais il se trouve que quelques un des thèmes abordés par Mister Liu étaient plus profonds que je ne l’avais estimé à la première lecture et diverses discussions ainsi que le turbinage en tache de fond m'ont fait changer de cap.
Il faut savoir faire son auto-critique, dont acte. Cixiin Liu a largement mérité le prix Hugo 2015 et les critiques sur ces écrits sont du pipi de chat. Voila, c'est dit.


Le cliché de la SF qui critique de front un régime politique comme celui de la Chine de Mao est dépassé, j’aurais du m’en rendre compte.
Par contre le thème de l’immigration devient majeur dans nos mondes tourmentés.
La Chine de Mao fut sanglante mais c’était il y a 70 ans. la Chine actuelle est d’une autre complexité. Par contre en Europe, nous en arrivons à passer des accords honteux avec la Turquie pour refuser de laisser entrer chez nous des immigrants.

Le concept des traitres qui renient leurs idéaux et leur famille (ne parlons pas de pays, je ne suis pas forcement en phase sur ce point) est lui aussi tellement actuel que plus personne ne sait qui est le traitre dans notre monde, est-ce le socialiste qui devient libéral, est-ce l’homme de droite qui passe au FN, est-ce le bon citoyen qui chaque jour fait consciencieusement ses 8 heures de labeur pour une banque et rentre regarder la télé en rapportant un jeu vidéo à ses gamins, est-ce le jeune qui se fait embrigader par Daesh et finit par devenir un monstre qui tue sauvagement ceux de son age, ceux qui auraient pu être ses amis et ne lui ont jamais rien demandé ni peut-être proposé.


Après réflexion, le livre de Cixin Liu m’apparait sous un nouveau jour, bien plus corrosif pour nos esprits que je ne l’avais perçu, je lirai donc le dernier volet de sa trilogie pour en avoir la confirmation.

Je viens aussi de lire que sa trilogie est en cours d’adaptation en Chine, peut-être que ce film, un des premiers film chinois de SF moderne dont j’ai jamais entendu parler, va-t-il réussir à franchir les barrières commerciales sur les medias.

Il est certain en tout cas que l’adaptation d’Abbadon’s Gate en série fait l’objet d’une couverture médiatique de premier ordre, d’une avalanche de compliments, on ne s’en tient pas au traditionnel ‘Best New-Yorker sellers’, je suis certain qu’Hillary Clinton et même Donald Trump ont déclaré que c’était le porte drapeau de la culture américaine, à dégouter d’essayer de regarder le premier épisode, mais un instant de faiblesse face à une série est si vite arrivé sur du streaming.

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