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Ils nous apportèrent des ballots de coton, des javelots et bien d'autres choses, qu'ils échangèrent contre des perles de verre et des grelots. Ils échangèrent de bon cœur tout ce qu'ils possédaient. Ils étaient bien bâtis, avec des corps harmonieux et des visages gracieux. Ils ne portent pas d'armes — et ne les connaissent d'ailleurs pas, car lorsque je leur ai montré une épée, ils la prirent par la lame et se coupèrent, par ignorance. Ils ne connaissent pas le fer. Leurs javelots sont faits de roseaux. Ils feraient de bons serviteurs. Avec cinquante hommes, on pourrait les asservir tous et leur faire faire tout ce que l'on veut. Christophe Colomb – Ecrits non authentifiés de 1492

Blue Swede - Hooked On A Feeling 

La nuit descend sur la côte, tout est en place pour la signature de l’accord, un campement a été aménagé, quelques tréteaux montés pour accueillir des victuailles, un grand feu de bois au centre.
A l’écart une tente de toile d’un côté et de l’autre deux tipis pour abriter les négociateurs lorsqu’ils se retirent pour réfléchir à l’accord. Le temps de cette soirée du 24 mai 1626 est idéal, une légère brise marine rafraichit l’air dont la température printanière dépasse les vingt degrés.
Pierre Minuit est aux anges, il a compris que les indiens Manhattes n’accordaient aucune valeur aux mille deux cents guinées hollandaises que leur avait bêtement offertes son prédécesseur pour acheter l’ile. Quel imbécile ! Mille deux cents guinées, alors qu’on pouvait s’en tirer pour presque rien.
Il n’avait jamais essayé de comprendre ces gens : pour eux la propriété n’existait pas. Les Indiens ne savaient pas que leur terre pouvait devenir la propriété d’un seul, pas plus que ne le pouvaient l’air, l’eau ou le soleil. L’achat n’aurait de valeur qu’aux yeux des Européens, les indiens n’y verraient qu’une offrande à la Terre.

A quelques encablures de la plage est mouillé le Nieuw Nederland et ses chaloupes tournent en navette pour charger les peaux de castors, de loutres et de vison achetées aux Manhattes.

Les navettes continuent aussi entre les deux tentes et aboutissent à un montant de soixante guinées en pièces d’or, bibelots de verre et pièces de toile.

Le chef indien se nomme Sagisgura, il est entouré par les meilleurs éléments de sa tribu : son shaman, ses vieux conseillers et ses jeunes guerriers.

Pierre Minuit est le gouverneur de la compagnie hollandaise des Indes, il est escorté par son secrétaire, un représentant des colons, le capitaine des fantassins et celui du Nieuw Nederland. Les deux partis sont assis en cercle autour du feu et échangent mets et boissons. Les Manhattes apprécient particulièrement l’alcool, rhum et tord-boyau, certains sont déjà ivres.

Sagisgura offre à Pierre Minuit de partager quelques bouffées du calumet préparé par son shaman avec du tabac mélangé de Peyotl, il lui explique que cette ile est un lieu imprégné d’une énergie particulière qui stimule la créativité. Pour lui expliquer cela le chef se tient la tête des mains puis ensuite il simule les battements d’ailes d’un oiseau qui s’envole. Pierre, qui a tiré quelques bouffées sur la pipe, sans connaître son contenu, sent tout à coup sa compréhension du langage indien s’améliorer. Il voit dans le futur sa colonie se déployer sur cette ile et aux alentours, de gigantesques maisons se construire et atteindre les cieux. Il voit aussi le peuple Manhattes anéanti par les colons au fils des ans.

Sagisgura et son shaman lui expliquent qu’en contrepartie de toute l’énergie qu’elle donne aux hommes, cette ile réclame son tribu en vies et en souffrances, qu’il faudra consacrer des nuits à fumer le peyotl, à danser et à chanter les prières seules capables d’en diminuer le poids. Mais Pierre s’est déjà endormi et personne n’est plus là pour recueillir le conseil avisé de Sagisgura.

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