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W Rik: I got hit in the head by a flying Watney's Party 7 when I was the roadie for Girl at Reading Festival, the only good thing that came out of it was that there was loads of beer left in the can!
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Elvin Bishop - Fooled Around And Fell In Love

Deux heures avant l’ouverture des portes une brume à couper au couteau était tombée sur Central Park, puis la pluie était arrivée. Les foules qui campaient dans la Zone de New-York avaient attendu des heures dans le crachin avant de se faire canaliser par les tunnels de détection d’armes entre les barrières anti-émeutes jusqu’à un poste de contrôle où chacun était fouillé par un robot avant de se faire attacher au poignet un bracelet d’accès et de recevoir un kit d’ingrédients fournis par Velvet Factory, pour les spectateurs humains ce kit se composait de plusieurs seringues pleines ainsi que d’un processeur d’émotions sous-cutané Velvet Factory et de son injecteur.

Le site comportait une immense scène en plein air, construite en profilés métalliques rouges, avec de gros rivets apparents. Derrière la scène, haut de deux cents mètres sur cinq cents de long, un immense écran holographique qui permettrait, pour chacun des spectateurs de Central Park, de se projeter avec les acteurs dans les environnements imaginés par NY Velvet. Encore un peu plus loin sur chaque côté, derrière, deux volcans de baffles à l’ancienne étaient prêts à cracher leur colère de sons.

Sur la droite à deux cents mètres de la scène, dans le plus pur style vingtième siècle, une tour de régie images et sons avec ses tables de mixage, les commandes d’éclairage scène et tous les câbles. La seule différence était qu’une IA connectée au collectif, à leurs instruments et à tous les réseaux médias, remplaçait l’ingénieur du son.

A gauche de la scène une autre tour, copie réduite de l’Empire State Building, rassemblait tout un arsenal de lanceurs de missiles, de drones, bombes et autres artifices médiatiques.

En orbite géostationnaire une troisième plateforme pouvait arroser n’importe quel point de la Terre de ses projecteurs laser à haute concentration, procurant soit un éclairage très précis soit toute une palette d’effets tels des arcs-en ciels et des aurores boréales. Les militaires se servaient de la même technologie pour bruler la surface des planètes ennemies. De nombreuses batteries de missiles pointaient sur New-York et sa périphérie pour déclencher l’Apocalypse Artistique nécessaires à certains passages du concert. Plus loin dans l’espace, de noirs relais auraient pour mission d’illuminer Vénus et Mars de ceintures d’or derrière lesquelles l’explosion de millions de micro engins, largués auparavant, simulerait la collision de galaxies.

Dans la grisaille du début de soirée, le groupe sacrificiel de première partie avait commencé à jouer sans un mot. Personne ne prêtait attention à eux, ils avaient petit à petit augmenté le son.
Les sept cents mille spectateurs continuaient à discuter, boire des cannettes de bière comme au vingtième siècle, tous rythmés par la séquence de leur processeur d’émotions Velvet Factory, dans les rires et les hurlements de joie ou d’agonie, puis quelques premiers sifflets étaient montés. Alors qu’un guitariste s’approchait d’un peu trop près de la fosse, un tentacule avait surgit et s’était enroulé autour du manche de sa guitare, l’attirant à lui de plus en plus fort.
Le musicien bardé de tatouages, les yeux perdus dans quelque expérience d’extase, avait essayé de s’accrocher au corps de la guitare. C’est à cet instant qu’avait surgit un second tentacule qui s’était enroulé autour de son bras et dans une traction brutale l’avait arraché. Le groupe avait été prévenu que des céphalopodiens figuraient dans le public, mais le cachet était si élevé et l’occasion tellement unique qu’ils en avaient oublié de brancher leurs répulseurs.
Le sang pissait sur la scène et le spectacle continuait dans l’indifférence du public: le bassiste était très en avance sur les autres musiciens et semblait bien placé pour gagner la course. Le chanteur beuglait en pataugeant dans le sang de son guitariste qui agonisait contre un ampli dans un hurlement d’effet larsen.
Dans la foule, la sécurité se battait avec le céphalopodien qui se balançait au rythme effréné de la basse en suçant le bras arraché. Juste avant la fin du morceau, faute de pouvoir le maitriser, la police l’arrosa d’activateur et l’enflamma. Il n’était plus que cendres lorsque la première partie pris fin.

Ensuite une armada de roadies s’affaira sur la scène : installer les nouveaux instruments, nettoyer le sang qui la rendait glissante, synchroniser toutes les IA, sonder le publique, ses attentes, détecter d’éventuels terroristes. Un vaste rideau d’ondes laser avait ensuite caché les ultimes préparatifs. Chacun savait que cela annonçait l’arrivée sur scène de Ted.

Les deux volcans de sons éructaient une compilation de succès lémuriens récents et d’archéo-chansons terrestres récoltées en fouillant la Zone et les quelques places de concerts retrouvées, la foule grondait et consommait.

Puis le rideau s’est levé découvrant les cinq zombies humanoïdes de New York Velvet sous leur nouvelle apparence, au même moment, la scène était emportée tel un bolide qui brulait l’espace en direction du soleil alors que la musique incantatoire du collectif s’élevait.
Chaque spectateur sentait son cœur oppressé par la montée subite d’une frayeur inspirée par le prochain crash sur la surface de l’étoile, frayeur accentuée par les drogues que le processeur d’émotions Velvet Factory injectait sélectivement sous commande de l’AI centrale, au rythme de la basse d’Ed.
Alors que la foule pensait que tout espoir de vie était perdu, elle découvrait qu’il lui restait la musique, acide, cynique comme des paroles de Lou Reed dont le visage géant les accompagnait, en orbite autour de l’étoile.

Steve, le chanteur guitariste, grand et mince, se déplaçait avec la fluidité d’un serpent ondulant sur la scène. Il s’est emparé du micro puis a entamé sans préambules une longue plainte, un long cri qui résonnait dans les rues et avenues en ruine de la cité, repris en échos par tous ces lieux remplis de tant de secrets. Les os de son crane étaient à nu, aucune chair ne les recouvraient. Son visage était celui d’un écorché, sans peau, sans nez, une de ses orbites n’était qu’un trou noir tandis que de l’autre côté un œil surdimensionné roulait telle une bille surexcitée de jukebox. Comme il n’avait plus de lèvres, on voyait que nombre de ses dents étaient remplacées par des diamants et autres accessoires médias, les deux canines étaient d’immenses crocs entre lesquels fusait une langue surdimensionnée.

La formation était alignée sur un classique groupe de Rock : chant, lead guitare, guitare rythmique, basse, batterie. De temps à autre le chanteur prenait la guitare rythmique et le guitariste glissait aux claviers. Les instruments étaient inspirés de ceux du Velvet Underground mais avec quelques évolutions notoires.

Jimmy, le guitariste solo s’était fait greffer une quinzaine de pattes d’araignées géantes à la place des phalanges de sa main droite, la gauche comportait une trentaine de doigts. La guitare était connectée à des amplis classiques mais aussi à une véritable tuyère de vaisseau spatial placée au-dessus de la scène et qu’il pouvait déclencher à partir des six cordes supérieures. Par la pensée il pouvait aussi décocher de l’espace des lasers qui lacéraient la foule lorsqu’il s’avançait au-dessus d’elle sur une piste qui se déployait sous ses pas. Le manche de sa guitare comportait 48 cordes qu’il pouvait à tout moment virtualiser. C’était un modèle solid body qui rappelait vaguement une Fender Telecaster et brillait, de milles diamants incrustés, assortis à sa dentition-clavier surdimensionnée sur laquelle il pianotait de temps à autre un contrechant. Quelques boutons isolés de réglage complétaient le design épuré de celle qu’il appelait Lucy, certains disaient qu’elle avait été taillée dans le corps figé d’une de ses maitresses après une overdose plastique. Le reste du corps du soliste était celui d’un athlète de la Grèce antique.

Sly, le guitariste rythmique de son côté possédait un ensemble cou et tête aussi long que le manche de sa guitare, soit environ deux mètres, ce qui lui permettait de coller ses gros yeux directement au-dessus du manche pendant qu’il jouait. Sa tête toute en longueur émettait directement des sons de saxophone, de flute ou autres instruments à vent lorsqu’il accompagnait de la voix le chanteur. Sly était une personne assez réservée dont l’esprit parcourait souvent la galaxie en quête de sa pulsation profonde, de son rythme intrinsèque d’une précision paradoxale.

Ted, le bassiste devait être électriquement branché sur la scène: les roadies le déposait à coté de ses amplis et de la batterie, remplissait son réservoir de bière et autres boissons alcoolisée, vérifiaient les niveaux de poudres diverses, enclenchaient une dizaine de basses des seventies aux emplacements prévus sur le pourtour de son corps et basculaient son commutateur sur Play. Dans cette version, il n’était plus qu’une masse à moitié végétalisée qui s’animait sur une forte sollicitation électrique, ses bras repoussaient en direction des manches et des potentiomètres. Sa tête conservait un semblant d’humanité : sous une écorce grise et blanche semblable à celle d’un bouleau pointaient deux gros yeux ronds, blancs et révulsés, une douzaine de larges oreilles vertes feuillues battaient en rythme sur ses côtés. Les scans prouvaient qu’un cerveau existait encore mais il avait été rongé par sa partie reptilienne où réside le rythme. Une fois en mode Play, il travaillait ses plans la tête baissée jusqu’au début du concert. De temps à autre Steve ou les guitaristes venaient se frotter à son tronc ou explosaient leurs instruments sur lui avant de les balancer dans les spectateurs.

Dave, le batteur quant à lui était l’accouplement de deux corps siamois qui partageaient quatre jambes, un tronc muni des tous les organes en doubles, deux têtes mais huit bras. Il lui arrivait fréquemment de s’embrasser au cours des chansons langoureuses, quatre de ses bras enroulés autour du corps. Outre une quinzaine de batteries physiques et électroniques, il commandait, sur son second pied droit, un simulateur de tremblements de terre qui pouvait secouer le sol de New York en rythme avec un indice de huit sur l’échelle de Richter.

Chacun dans l’assemblée savait qu’ils en étaient à plus de cent morts sur scène où dans des accidents imbéciles. Leur vaisseau-bus s’était crashé des dizaines de fois, avait été pris d’assaut par des spectateurs déçus ou trop excités. Certains pensaient même qu’il n’y avait plus que des nano machines qui les maintenaient en mouvement, toute trace de vie ayant quitté la moindre de leurs cellules. Personne ne comprenait comment malgré toutes ces restructuration, toutes ces réincarnations, réinjections, de leurs esprits dans des physiques si déments ils pouvaient encore se monter créatifs.
En réalité, ils avaient choisi pour cet ultime concert de connecter leur esprit à des milliers de nano machines réparties dans leur corps, ces nano machines communiquaient toutes en un unique réseau fermé, si bien que n’importe quel membre du groupe partageait toutes ses perceptions avec les autres tout en conservant ses capacités d’initiatives.

Le concert était une délirante réussite, il avait déchiré plusieurs millions de spectateurs sur Terre et au travers des réseaux médias sur des centaines de planètes. Arrivait maintenant le moment du final, Steve avait regardé chacun de ses partenaires et annoncé au micro la reprise du standard de Lou Reed : Walk on the wild side. Pendant que le rythme doux de la basse montait, la scène était projetée dans les rues reconstituées du New-York de la Factory, Jimmy délivrait sur sa guitare une légère pluie d’accords rythmés, Sly et Dave reprenaient en cœur le Do Do Do des pas d’une colored girl dans la ville, tout en enchainant sur un solo de saxo qui n’en finissait plus de rire et de pleurer.

C’est à ce moment qu’un groupuscule au sommet de son trip avait déclenché la bombe à neutronium placée en orbite autour de la terre, bombe qu’ils avaient gagnée aux cartes la veille à des néo papistes sans trop savoir ce que c’était exactement, une sorte de feu d’artifice divin leurs avaient dit les autres. En dix minutes la Terre était entrée en fusion, s’était contractée en un noyau de quelques microns et avait été rayée de carte de la galaxie, laissant une lune triste à la dérive.

Libre de tout contrôle, un système déporté avait alors déclenché l’illumination de Vénus et Mars ainsi que la pluie de micros explosions destinées à transformer l’espace en un tapis de velours bleu imprégné de taches d’or : New-York Velvet. Les médias avaient longtemps épilogué entre une erreur de l’IA à la régie ou une instruction délibérée de NY Velvet pour en terminer ainsi avec la vie. *

A moins que ce ne fût la conséquence de l’erreur de Pierre Minuit qui avait cru pouvoir acheter Manhattan pour 24$ et y exploiter cette énergie si particulière pour développer un affairisme effréné, négligeant de se plier en contrepartie aux nécessaires sacrifices.

Sagisgura et son shaman avaient-ils senti la Zone déferler sur leur vie pour 24$ ?

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