Avertissement concernant l'usage des cookies sur le site Jingwei

Nous utilisons des cookies uniquement pour un usage technique, aucun suivi publicitaire n est effectué avec ces cookies.

Quartier bleu

Par François Darnaudet

(11)
* * . - - -
 (10728)
 (46)

Dans les villes que nous dessinent nos politiques, nos édiles et quelques responsables temporaires, existent des quartiers, des banlieues particulières soumis à des règles différentes.
Dans la faune de ces villes quelques spécimens sortent du lot et c'est le cas de Franz Keller, privé assez malin pour survivre dans ses huit mètres carrés de liberté durement gagnés.
Ce polar est une critique acide de notre monde quotidien qui vire au bleu.

Contient 20 chapitres

Le Corse ramonait une blonde en regardant le câble. Le superbar lâcha une seconde rembourrée qui coupa en deux le couple. Le Corse n'avait pas eu le temps d'esquisser un geste vers son Uzi-Bar.

Avec dans les roles principaux
Franz Keller
Privé en 2040
Dédicacé à
Gilbert Gallerne
Avec mes remerciements à Gilbert Gallerne pour son défi après Black bayou
Aux déesses black
...
Bakounine
…je retourne la phrase de Voltaire, et je dis : Si Dieu existait réellement, il faudrait le faire disparaître.
Serguei Dounovetz
Qui a choyé le bébé
Jérôme Leroy
Qui a choyé le bébé

  Franz louait fort cher un cagibi commun dans l'ancien Opéra transformé en H.L.M..

 Le gros copse arpentait son bureau, sa gueule se tordant dans tous les sens. Parfois, il lissait son chignon de cheveux blancs.
  - T'as déconné rue de Cîteaux ! La caméra a mouchardé quand t'as pulvérisé le Corse et sa gonzesse.

  Quelques putes tournaient autour des voitures sur le boulevard. Des blanches et des beurettes qui tentaient de profiter de l'attraction occasionnée par le Quartier Bleu pour accrocher les clients.

Le vieux liquidateur buvait du pétrole comme de l'eau potable en Afrique.
  - Qu'est-ce que tu veux, métis ? dit-il au troisième verre. Tu cherches pas des putes, c'est rare les mecs de l'extérieur qui cherchent pas ça ici... Tu veux de la black steel ?

Une rage froide le tonifiait. Pendant quelques secondes, il eut envie de se battre avec quelques kamis. Juste pour voir si leur réputation était justifiée.

À l'extérieur du Quartier, les gens ne seraient pas passés à moins de dix mètres d'un kami. Ici, blacks et blancs l'ignoraient.

  Franz remontait le boulevard de la zone tampon lorsque la sirène hurla sur l'ancien mur des Fédérés.

  Le bourdonnement d'une serrure Touzeau haut de gamme zébra l'air. La porte s'ouvrit. Une mince femme blonde aux traits du visage dignes des plus grands mannequins du câble apparut

Franz avait surpris la nouvelle Nikita Warlock en plein déjeuner amoureux avec une rousse de la même espèce.

  Pu-Y était de ces copses violents et énergiques de la génération de Papex. À la grande époque de répression des années 2020, le gouvernement sarko-gaulliste avait cru juguler les divers mouvements extrémistes à l'aide d'une copse forte et intraitable. Paris avait connu une décennie sanglante avant qu'un ministre plus conciliant ne demande aux copses de se fondre dans le décor.

  Après l’avoir cuisiné pendant trois bonnes heures, Pu-Y le laissa repartir avec le giga-portable, le superbar et la licence de vigile.

  C'était un homme vert, absolument vert, sauf ses chaussures bleues couvertes de poussière et une épinglette jaune d'étoile de David piquée sur sa cravate de satin vert de vessie.

Pour des tas de pauvres gars qui se rendent compte que l'humanité court à sa perte, je suis l'un des derniers espoirs... je suis riche, puissant, érudit, l'un des plus  importants cerveaux de l'informatique... je suis un esthète,... l'un des derniers hommes de lettres, dit la voix à l'accent parisien désuet.

  Le tube ne fonctionnait que sur abonnement, une carte à puce mensuelle de trois mille euros. Les rames étaient constituées d'anciens T.G.V. du début du siècle. Franz s'était assis le plus loin possible des trois copses de faction dans le wagon.

  En passant devant le hall des kamis, Franz repéra aussitôt les deux ninjas d'escorte promis par Vihuranu. Le vigile solo les ignora et, d'un pas lent, quitta l'espace de l'ancien mur des Fédérés.

  - J'enlève les vêtements ou pas ? dit la belle impala.
  - Tu fais ce que tu veux !

La black sourit.
  - T'as aimé, mon couillon ?
 

  Papex a été marseillé.

 Paris, rue du Sommerard, juin 2045