Avertissement concernant l'usage des cookies sur le site Jingwei

Nous utilisons des cookies uniquement pour un usage technique, aucun suivi publicitaire n est effectué avec ces cookies.

  Franz prenait plaisir à remonter le faubourg Saint-Antoine jusqu'à Bastille. Cela lui rappelait son enfance. Huit immeubles en pierre, dont cinq qui étaient mitoyens, avaient été préservés par un éphémère ministre écolo-socialiste. Des films français rétros étaient parfois tournés dans ce quartier.
  Franz louait fort cher un cagibi commun dans l'ancien Opéra transformé en H.L.M.. La veille, il avait menacé Charlot, son co-locataire toxico, de le shooter à mort s'il le retrouvait dans le cagibi. Franz ne supportait plus de trouver des traces de sang dans la salle de bain et les chiottes.
  Il marmonna le code vocal et pénétra dans l'ignoble bâtiment délabré. Au troisième étage, il donna le second code. Les neuf mètres carrés étaient divisés en deux par un paravent en papier récupéré. À gauche c'était chez Franz, à droite chez Charlot. Il n'y avait plus aucune affaire dans la partie droite si ce n'est un gros "Fuck" écrit en rouge sur le mur, peut-être du sang de l'autre connard. Franz ouvrit le placard central dans lequel se trouvaient la douche et le trou septique. Tout était propre. Charlot n'avait pas osé pousser la provocation plus loin. Il savait que Keller le tuerait sans remords s'il le gonflait trop. Paris était petit.
  Pendant quelques jours, Franz aurait le cagibi pour lui seul avant que les services HLM ne lui collent un nouveau voisin. Il apprécia cette intimité nouvelle qui lui permettait d'appeler la blonde au vison sans parasite à l'écoute derrière le paravent. Il débloqua le système de vidéophone incrusté sous sa paillasse et composa ODEON235235.
  Elle alluma son écran aussitôt, comme si elle avait attendu cet appel toute la matinée.
  - Ah, monsieur Keller, très heureuse de votre rapidité, dit-elle avec sa voix doucement éraillée. Nikita Warlock...
  - C'est mon boulot.
  - Mon mari était cadre sup-sup chez Electroneurop.
  Keller siffla entre ses dents.
  - Un homme charmant, riche, intelligent et puissant, ajouta-t-elle.
  - Toutes les qualités...
  Elle ne sourit même pas.
  - Oui,... sauf qu'il passait toutes ses nuits dans le Quartier Bleu. Il était accro aux putes blacks !
  - C'est une perversion assez répandue. Les blacks et les citrons sont à la mode depuis qu'elles ont leur quartier spécialisé.
  - Certes... mais lui, il en est mort ! Les kamis ont récupéré ses restes mêlés à ceux d'une black dans une poubelle au fond d'une impasse. D'après les kamis, il se serait fait sauter avec une grenade trente bars pendant la copulation.
  - À moins que ce ne soit la fille qui ait eu la grenade...
  Elle hocha la tête, pensive. Elle n'avait pas envisagé ce cas.
  - Qu'attendez-vous de moi, exactement ? Je n'ai pas le dixième des moyens technologiques à la disposition des kamis.
  - Je veux savoir ce qu'il s'est exactement passé dans le Quartier Bleu. Mon mari possédait un implant électronique derrière l'oreille droite : une puce de rapport immédiat.
  - Un implant volontaire ?
  - Tous les cadres sup-sup d'Electroneurop doivent recevoir une telle puce. Cela permet de tisser un réseau d'informations immédiates. Les kamis auraient dû la trouver et me la rapporter. Avec un peu de chance, il avait ouvert un fichier textuel sur ses activités dans le Quartier Bleu.
  - Si je comprends bien, Madame, vous me demandez : un, de vérifier si les kamis ont ou non récupéré cette puce, si oui de leur piquer... deux, si non de la retrouver sur les lieux de l'explosion.
  La poupée sexuelle accentua sa moue boudeuse pour acquiescer.
  - J'accepte votre mission. Mes tarifs sont de cinquante euros par jour plus les frais. Si vous acceptez ce prix, tapez E-N-R qui enregistrera notre communication pour le fichier central.
  Elle tapa les trois lettres et l'écran s'éteignit.

Aucun Commentaire