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  Franz avait surpris la nouvelle Nikita Warlock en plein déjeuner amoureux avec une rousse de la même espèce. Deux félines de grand standing qui se caressaient en sirotant du thé coréen. À la vue du superbar Casio, elles avaient poussé des grognements de terreur puis elles s'étaient bien sagement réfugiées sur un grand canapé rouge.
  - Comment est mort ton mari ? avait-il demandé en la menaçant.
  - Il a été tué dans le Quartier Bleu ! Les copses m'ont dit qu'il avait reçu une décharge d'arme à pression lors d'une émeute, bégaya la blonde.
  - Une émeute ?... la testa le vigile.
  - Oui-oui, des noirs,… je veux dire des blacks, qui manifestaient pour sortir de leur Quartier. Les copses ont été agressés, ils ont dû riposter! Mon mari passait par là à cause d'une réunion d'affaires, il a pris une décharge d'arme...
  - ...à pression ! Ouais, tu me l'as déjà dit... une réunion dans le Quartier Bleu ! Et cette version t'a convaincue ?
  Nikita Warlock regarda Franz avec l'air d'une biche qui ne comprend pas pourquoi on lui donne des coups.
  Franz avait trouvé dans l'appartement la carte numérotée de la poupée blonde. Cette femelle sans cervelle à la plastique parfaite était bien la véritable madame Warlock. En outre, tout ce qu'elle racontait avait l'accent de la vérité. Le jouet sexuel de luxe du cadre sup-sup n'avait visiblement pas les moyens intellectuels de mettre en doute la version officielle des copses. Elle avait gobé toutes leurs conneries sans broncher. Ravie, sûrement, de se retrouver seule avec la pension de son cadre défunt et l'appartement grand luxe. Appartement qui, d'ailleurs, n'avait rien à voir avec celui entraperçu lors de la vision holo de la première madame Warlock !
  Après la trahison des kamis, le merdier semblait se préciser. Une fausse Nikita Warlock l'avait engagé pour récupérer la puce implantée dans le crâne du cadre d'Electroneurop. À quel dessein ? Il n'en savait rien... Tout tournait cependant autour de cette puce !
  - Où est le portable de ton mec ?
  Les yeux bleus paniquèrent un instant avant de comprendre le sens des paroles de Keller.
  - Derrière vous, sur le plan en marbre ! balbutia-t-elle.
  Sur le micro-bureau de salon, trônait, à côté d'un pot à black-steel, un giga-portable Renault de la dernière génération. De la main gauche, Franz ramassa l'objet et le glissa dans la poche arrière de son jean.
  - Ton mari a été tué par une secte d'espions africains. Si tu parles, toi ou ta copine, ils vous séquestreront dans l'îlot Gare de Lyon !
  Au nom du ghetto où sévissait l'épidémie galopante de Gros Chat, elles poussèrent à nouveau des piaillements horrifiés.
  - Je suis des services copses kamis, continua Franz en agitant rapidement sa carte de vigile solo. Avec moi, vous n'avez rien à craindre. Dans trois minutes, je ne serai plus qu'un mauvais souvenir.
  Elles acquiescèrent.
  Franz claqua la porte derrière lui et dévala les escaliers. En repensant au Quartier Bleu, Franz comprit pourquoi Warlock avait besoin d'autre chose que de cette poupée gonflable blanche.

  Pendant quelques secondes, Franz savoura son triomphe. Il avait empoché le giga-portable compatible avec le matériel d'Electroneurop sans la moindre casse.
  Son sourire d'autosatisfaction s'effaça net quand il vit les deux types en blouson de cuir qui l'attendaient dans le hall de l'immeuble. Ils puaient la copse d'arrondissement. Leurs superbars pointaient méchamment dans sa direction.
  - Tu bouges pas sinon on te brûle ! dit le blond qui mâchonnait un bâton de crasse.
  Le brun tâta les poches de Keller. Il se tourna vers son collègue en montrant son butin:
  - Un giga-portable, un superbar... et, d'après sa licence, ce type est vigile solo dans le secteur de Papex.
  Les copses jouaient mal. Franz comprit tout de suite que ces deux-là étaient parfaitement rencardés sur son compte. Ce genre d'embrouille risquait de très mal finir pour lui.
  Keller se souvint de gars qui avaient été abattus par des collègues à lui dans des conditions analogues.
  - Les vigiles solos, c'est de la merde en barre, marmonna celui qui mâchouillait son bâton.
  - Devrait les interdire ces ordures ! ajouta le brun, dans le genre borné.
  Franz joua à la coule :
  - Je suis un ancien de la maison... Demandez à Papex, je suis dans ses petits
 papiers !
  Le brun lui mit une gifle.
  - Tu parleras quand on te le dira... et cite pas des noms à tort et à travers ! cria le brun.
  - Allez, tu nous suis ! lança le blond.
  Une voiture électrique de copse barrée aux croix de Lorraine attendait, à cheval sur le trottoir de la place de l'Odéon. Un malabar s'occupait du levier automatique tandis que le brun s'engouffra à l'arrière avec Keller. Le blond prit place à l'avant. Il se retournait toutes les dix secondes pour menacer le vigile solo avec son superbar.
  - Piquer un uniforme de la PPN pour t'infiltrer dans un immeuble haut standing, ça va te coûter ta puce de vigile, ducon ! cracha le blond.
  - J'ai filé trois euros pour un petit emprunt ! répliqua Franz.
  - Et qu'est-ce que tu foutais dans cet immeuble ? continua le blond.
  - Je bossais... un peu d'espionnage, top secret... code d'honneur des vigiles...
  La lèvre supérieure du blond se souleva en un rictus méprisant.
  - Les vigiles solos n'ont pas droit au top secret !
  Franz ne dit plus un mot, se contentant d'observer le trajet pris par le véhicule. Comme il le craignait, les types avaient délaissé le commissariat de quartier pour se diriger vers la section spéciale de l'île aux cygnes.

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