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  Des gros copses dans des imperméables qui brillaient comme des canons de superbars Texas se payaient du bon temps à bousculer des toxicos vomissants dans les endroits dangereux de l'Odéon. Depuis les émeutes du mois de mai, des armatures de ferraillage pointaient hors des blocs de béton arrachés. Chaque nuit, les bandes du NIOUSCALP et du LASTFEN s'affrontaient dans les quartiers voisins. Au petit matin, les copses ramassaient les vaincus de la nuit empalés sur les tiges d'acier.
  Keller avait repéré l'adresse de madame Nikita  Warlock, à l'aide du vieux logiciel ONZE adapté au réseau Mondanet. Normalement, d'après les termes de son contrat, il aurait dû lui envoyer la puce par colis rapido. Une autre idée avait germé dans son cerveau de fouine. Warlock devait posséder un ordinateur Electroneurop dans son logement. Franz comptait échanger la puce contre une lecture-copie sur la bécane personnelle du cadre sup-sup...
  Nikita habitait dans l'immeuble de grand standing Danton, au quinzième étage. De sa fenêtre, elle pouvait apercevoir, à travers le blindage des vitres, la vieille statue de Danton repeinte aux produits phosphorescents à la mode sur le marché du tag. À dix heures du mat, après une nuit passée à s'allumer au pétrole, Franz appuya sur le bouton de la serrure vocale.
  Il attendit quelques secondes puis la lumière de la vidéo de surveillance se braqua dans sa direction. Là-haut, Nikita Warlock devait examiner son visage dans l'écran de reconnaissance:
  - Que voulez-vous ?  demanda une voix suave, sortie du mur.
  - Vigile solo Keller, je viens faire mon rapport à madame Nikita Warlock...
  Les paroles de Franz furent suivies d'un long silence. La caméra se mit à bouger de haut en bas et de bas en haut, la focale changeait de réglage. Puis, de façon inattendue, un déclic indiqua que la communication était interrompue. La caméra s'immobilisa, voyant éteint... Madame veuve Warlock ne voulait pas recevoir son vigile solo !
  Dans un premier temps, Keller eut envie de rappeler, de gueuler des insultes ou de décharger son superbar dans la vitre de l'immeuble... tout cela aurait été absurde ! Il se serait fait repérer par les copses et le vitrage renforcé n'aurait pas cédé lui renvoyant sûrement ses propres projectiles.
  Docilement, Franz quitta le périmètre de surveillance du bâtiment puis il se dirigea vers un fast-food Coke situé de l'autre côté de la place. Il attendit une heure à bouffer du hamburger thaïlandais en avalant des litres de Coke. De temps à autre, quand les employés lobotomisés ne le regardaient pas, il dissolvait une pastille de pétrole dans sa boisson. Il commençait sérieusement à envisager l'éventualité d'une attaque de l'immeuble à coups de grenades lorsqu'un porteur de la Poste Privée du Nord vint se camper devant le Danton.
  Le jeune gars arborait l'uniforme rouge et noir des chômeurs réquisitionnés. L'Etat lui versait des tickets de bouffe périmée et une Sécu limitée en échange de soixante heures de boulot hebdo dans une boîte privée.
  Keller sentait qu'il n'était pas dans son état normal. Trop de pétrole, manque de sommeil et quelque chose qui lui restait de son passage dans le Quartier Bleu...
  Quand le déclic du Danton résonna, Franz poussa le chômeur avec brutalité contre le mur, à l'intérieur du hall. Le pauvre type ne dit rien, observant juste son agresseur d'un air de travailleur irradié.
  - File ton paquetage, ordonna Keller, sans même sortir son arme.
  Le chômeur obtempéra.
  - Va te saouler au pamplemousse ukrainien, dit Franz en lui filant un billet de trois euros. Tu récupéreras ta sacoche dans quelques minutes, devant l'immeuble. Si t'appelles les copses, t'es aussi cuit qu'un Rwandais !
  Franz ne pouvait mépriser totalement les rouge et noir, ni les aider... cela lui rappelait son enfance et les retours de son père à la mine crevée et désespérée..."rouge et noir, disait son vieux, tu bosses comme un noir pour des courges !"
  Keller n'avait jamais vu de courges, mais il imaginait un truc vraiment
 dégueulasse !
  Le vigile solo avala les quinze étages à pied de peur de tomber sur un ascenseur à destruction commandée comme il en existait dans ces immeubles à grand standing. Un peu essoufflé, il fit une pause devant la porte blindée de Nikita. Il se jeta un double pétrole dans la bouche.
  En se cachant le visage derrière la sacoche de la PPN qu'il brandit devant la caméra vidéo, il sonna:
  - Un paquet rapido pour madame Nikita Warlock ! gueula-t-il.
  Le bourdonnement d'une serrure Touzeau haut de gamme zébra l'air. La porte s'ouvrit. Une mince femme blonde aux traits du visage dignes des plus grands mannequins du câble apparut:
  - Je suis Nikita Warlock ! lâcha-t-elle d'une voix mélodieuse.
  Pendant trois secondes, Franz resta sans réaction.
  Il n'avait jamais vu cette poupée.

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