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  - Pour la copse de l'Union Européenne, je suis l'un des principaux financiers du NIOUSCALP et l’inventeur du virus Bakounine... pour les spécialistes de littérature et de peinture, je suis l'un des plus gros collectionneurs au monde... et pas seulement en poids ! Pour des tas de pauvres gars qui se rendent compte que l'humanité court à sa perte, je suis l'un des derniers espoirs... je suis riche, puissant, érudit, l'un des plus  importants cerveaux de l'informatique... je suis un esthète,... l'un des derniers hommes de lettres, dit la voix à l'accent parisien désuet. Ai-je bien répondu à votre question, monsieur Keller ?
  - Votre nom m'aurait suffi ! répliqua Franz.
  - Nichachien Reilly junior, jeta le bibendum.
  - Le "junior" doit gâcher votre modestie, m'sieur Reilly.
  Nichachien Reilly éclata de rire:
  - Vous êtes aussi désagréable qu'on me l'avait annoncé, monsieur Keller ! C'est un plaisir que de vous rencontrer.
  - Trêve de conneries ! Que me voulez-vous, junior ?
  - Mais je croyais que vous aviez compris... Je suis votre véritable employeur. “Nikita Warlock, c'est moi !” comme dirait notre bon Flaubert.
  - Flaubert, connais pas, marmonna le vigile solo.
  - Et Russo Ladtil, vous connaissez mieux, peut-être, cher ami ?
  Franz encaissa le coup sans broncher.
  - Mon premier vigile solo sur le coup fut monsieur Ladtil. Beaucoup plus compréhensif que vous ne l'êtes, mais apparemment aussi, moins compétent !
  Nichachien Reilly junior appuya malhabilement avec ses doigts boudinés sur une vieille télécommande de magnétoscope.
  L'écran télé se ralluma. Un couloir du métro apparut. Les images avaient été prises aux infrarouges à cause du manque de lumière. Pendant trente secondes, il ne se passa rien puis des pas retentirent. Deux hommes avançaient l'un vers l'autre, superbar au poing.
  - Mais c'est ce fils de pute de métis ! gueula agressivement le plus petit.
  - Russo, je t'avais dit que je ne voulais plus entendre parler de toi ! répondit Franz.
  Les deux vigiles solos se rapprochèrent à trois mètres l'un de l'autre.
  - Il paraît que tu joues les indics pour Papex, fils de pute et pute toi-même.
  - Dégage Russo, tu me chauffes !
  - T'en croques avec le copse qui a flingué ta nana, incroyable, t'es une péd...
  Le superbar toucha le nez du petit Ladtil et la rembourrée lui éclata la gueule. Une seconde paracheva l'œuvre.
  Nichachien Reilly junior rit grassement.
  - J'aime bien votre sens de la repartie, monsieur Keller ! C'est pour cela que je vous ai engagé en remplacement du défunt monsieur Ladtil.
  - Chantage ? dit Franz en désignant le magnétoscope.
  - Vous avez un bon paquet d'euros à la clef ! Ce petit film n'est qu'une assurance sur la vie, nécessaire avec quelqu'un d'aussi impulsif que vous.
  Un larbin pénétra dans la pièce et vint marmonner quelque chose à l'oreille de Nichachien. Le bibendum acquiesça gravement puis le domestique repartit. Nichachien se tourna alors vers Franz et l'homme en vert:
  - Vihuranu est arrivé ! Monsieur Keller va comprendre toute la gravité de la question qui nous préoccupe.
  Une poignée de secondes après, un homme fin de haute taille, moulé dans un cache-poussière gris, se propulsa dans la salle au magnétoscope. Les yeux noirs du Maori se posèrent sur Keller. Le visage acéré comme une surseringue dénotait une force de caractère exceptionnelle.
  Franz avait déjà rencontré cet homme. Ils portaient tous les deux une cagoule de ninjas sur le visage. Le kami ninja du Quartier Bleu qui lui avait donné la puce était un comparse à la solde de Nichachien.
  - Pourquoi m'avez-vous donné la puce ? Il vous suffisait de la porter directement à notre employeur commun.
  Le kami sourit comme un requin qui va attaquer.
  - Au départ, nous devions vous protéger jusqu'à ce que vous copuliez avec une black. À la mort de mon coéquipier, j'ai compris que je pouvais vous donner la puce en utilisant son code personnel. Si j'avais tapé mon code, j'étais arrêté dans l'heure suivante.
  L'homme en vert s'approcha avec un plateau chargé de verres.
  - Pommard 78, dit Nichachien en faisant le service. Du vin! précisa-t-il en remarquant l'air interrogatif de Keller et de Vihuranu.
  - Votre but premier était que je me tape une pute black ? Je ne comprends pas.
  Nichachien but une petite gorgée qu'il fit rouler dans sa bouche. Il avala en fermant les yeux, et s'adressa au vigile solo :
  - Vihuranu est capitaine chez les kamis. Le numéro trois, hiérarchiquement, dans la section du Quartier Bleu. C'est un soldat remarquable et un gaulliste convaincu. Son ralliement à mon côté n'est que provisoire mais l'affaire qu'il m'a rapportée, il y a maintenant deux mois et demi, est d'importance. J'ai décidé de l'aider. Il va vous expliquer...
  Le kami avala d'un geste sec le verre de vin. Sans aucun plaisir apparent. Nichachien Reilly junior, choqué, tordit la bouche de dépit.
  - Le Quartier Bleu a toujours été un enfer pour le corps des kamis, mais depuis deux ans la folie est reine des lieux, dit le ninja. Les blancs et les beurs sont victimes d'hallucinations. On en a interrogé quelques-uns, pris en flagrant délit au moment où ils allaient tuer des filles blacks. Ils délirent tous, mais le plus important est qu'ils racontent à peu près la même chose...
  - Et cette chose ?
  - Les putes abriteraient des monstres !
  - Je ne comprends pas.
  - Tous les types arrêtés soutiennent que les filles se transforment en bêtes tueuses dès qu'ils les pénètrent.
  Nichachien intervint:
  - Vous avez bien visionné la puce de Warlock ? Elle indique le même fantasme !
  - Fantasme ou réalité ? demanda Franz.
  Un rire à la manière d'une sirène de copse scia les nerfs de Franz. Le gros Nichachien agité de gloussements tentait de préserver son second verre rempli du précieux breuvage:
  - Keller, vous êtes impayable ! Le seul monstre sur cette Terre, c'est l'Homme avec un grand H. Tout le reste n'est que fantasme, comme vous dites. Idoles sacrées, idéologies de tous bords, amour, amitié, art... FANTASME !
  Nichachien se rua sur sa bibliothèque avec la vélocité d'un ninja:
  - Keller, vous recevrez un paquet d'euros avec lequel vous ferez une fiesta à vous décâbler la gueule. Vihuranu vous montrera tout ce que vous avez à faire. Quant à moi, je vais commencer par vous offrir un livre. Je sais que vous savez lire. Chose rare de nos jours.
  Après avoir posé le verre de Pommard sur une étagère, Nichachien revint au centre de la pièce en agitant un livre au format de poche.
  - Bleu comme l'enfer de Philippe Djian, chez J'ai Lu, très rare ! cria-t-il surexcité. Le titre vous va comme une capote. Tout homme a un livre qui l'attend ! Tenez, je lis, au hasard...
  L'accent pointu de Nichachien Reilly junior chanta les quelques lignes de la page 177:
  "- Ça fait rien, j'en ai rien à branler ! Dis lui que je suis d'accord."
  Pour la première fois depuis longtemps, Franz Keller ébaucha un sourire fin comme un Laguiole.
  - C'est tout à fait vous, monsieur Keller ! dit Nichachien en passant le bouquin au vigile solo.
  - O.K., je marche, dit Franz. Servez-moi un nouveau verre. C'est bon cette saloperie !

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