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  Keller sortit du sous-sol. Une rage froide le tonifiait. Pendant quelques secondes, il eut envie de se battre avec quelques kamis. Juste pour voir si leur réputation était justifiée. Heureusement, il se souvint des paroles du liquidateur.
  Le Quartier Bleu rendait fous les blancs et les beurs...
  "Qu'est-ce que c'était que cette connerie ? J'encule le vaudou !" marmonna-t-il, en tâtant d'un même geste son superbar et son sexe dur.
  Les putes du Colombarium étaient maquillées d'une poudre blanche des pieds au visage. Elles portaient un simple string chauffant.
  S'il se tramait quelque chose dans ce fichu Quartier, mouvement révolutionnaire occulte, cérémonies vaudoues ou autres... pour le savoir, il fallait faire ce que tout Parisien extérieur faisait... baiser une pute !
  Keller choisit une fille aussi grande que lui, plus musclée. Elle était taillée comme un gorille sauf que peu de No-Black pouvaient se vanter d'être aussi bandantes.
  Il fallut cracher cent euros pour baiser dans une urne perso, c'était soixante à genoux dans la forêt obscure des tombes. Il considéra que Nikita Warlock rembourserait les cent euros.
  Il suivit la fille à travers le dédale de couloirs en marbre. Jadis, on y stockait des morts. Keller n'aimait pas le passé.
  Au-delà de ses motivations professionnelles, il sentait que le désir l'accrochait à la black. Il avait envie de se battre sexe contre sexe avec cette fille. L'atmosphère du Quartier le tenait. Sa mission devenait de plus en plus trouble.
  La fille crocheta la porte de béton. Une cellule cubique de deux mètres apparut. Une peau de bête, sûrement synthétique, tapissait imparfaitement le sol. Sans se retourner, la fille fit descendre son string et se plaqua contre le mur opposé, mains à plat, croupe tendue vers Keller.
  Le regard de Keller allait du chignon aux fines tresses à ses fesses, seule tache noire dans ce corps talqué. Il s'apprêtait à s'emboîter dans l'urne cubique lorsque des hurlements éclatèrent dans le couloir.
  Des chaussures surferrées de l'armée ukrainienne martelèrent le sol.
  L'instinct du tueur délogea celui du mâle. Keller pivota, le superbar au poing. Trois toxicos aux perruques roses, modèle Louis XIV, fonçaient sur lui en faisant tournoyer des nunchakus à lames steel. Il faillit tirer, mais la phosphorescence des chaussures lui fit comprendre qu'il ne s'agissait pas d'imitations. Les surferrées étaient bien des rebuts des commandos ukrainiens. Le champ répulsif anti-superbars était activé. Dans ce couloir, la rembourrée n'atteindrait pas les toxicos et risquait de lui revenir dans la gueule.
  Keller extirpa de sa botte droite la surseringue de trente centimètres. Il l'activa d'une pression sur le bouton virus. L'aiguille devint rouge sang. Devant la violence des trois toxicos, Keller avait pris le risque d'activer la seringue de combat à l'extrait d’Ebola.
  Le premier de la horde coupa net son élan:
  - Alors Franz, tu crois nous effrayer avec ton arme de trou du cul de gros bourge ?
  Keller réalisa que sous la perruque rose grimaçait la tête déformée de Charlot.
  - Dis, tu m'as viré parce que t'avais la chtrouille de choper un virus… et là, tu fais mumuse avec le virus Ebola ! T'es pas clair, mec ! continua le toxico.
  Le trio était immobilisé à trois mètres du vigile solo. Keller ignorait s'ils avaient stoppé leur attaque pour savourer leur futur triomphe où si la seringue les inquiétait.
  - T'es con, Keller ou quoi ? Charlot se tordit la bouche. Tu crois que les virus nous chauffent ?
  Les deux potes à Charlot ricanèrent comme des holos du train fantôme.
  Ils refirent tournoyer les nunchakus, prêts de nouveau à charger lorsqu'une silhouette noire bondit à travers le couloir. De sa matraque en polyvitex, le kami brisa la nuque du premier toxico puis il s'enroula autour de Charlot pour lui broyer le thorax. Le dernier emperruqué fit virevolter son nunchaku. Les lames de rasoir balafrèrent Charlot avant de sabrer dans le même mouvement la gorge du kami.
  Keller vit que le champ répulsif ne s'interposait plus entre lui et les toxicos. Les protagonistes lui tournaient tous le dos à l'exception du kami. Il déchargea le superbar dans la dernière perruque rose encore active. Le combat était achevé.
  Le vigile solo s'approcha du kami tué sur le coup dont les bras enserraient encore un Charlot suffoqué et défiguré.
  - Charlot, j'aime pas ta manière d'envisager la cohabitation en HLM !
  Le second tir de rembourrée mit fin au calvaire du toxico.
  Franz rangea la surseringue et sortit une désinfectante de sa poche. La fumée d'acide se jeta sur les vêtements des quatre morts, dénaturant leur sang. Purifiant.
  Keller détourna la tête des vapeurs caustiques. Du fond de son urne, la black nue, jambes écartées, regardait sans rien dire l'épilogue du combat. Elle devait penser que c'étaient des embrouilles de blancs et de kamis. Keller eut envie de l'enfiler. Au lieu de cela, il déshabilla le kami pour en revêtir son uniforme désinfecté de ninja.
  La fille se voila les yeux de sa main.
  Elle n'avait rien vu, ne dirait rien...
  En passant devant un miroir brisé, Keller vit que sa ressemblance avec un kami maori était parfaite.

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