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Jeff Beck – OOIL

 

Il avait tout son temps. Ils le lui avaient garanti :

- Aussi longtemps que vous le souhaitez, pourvu que vous ne remettiez plus les pieds ici.

- A vos frais ? Même les extras ?

- 100% à nos frais, crédit illimité ! La seule condition est que personne ne sache qui vous finance. On va vous monter un dossier d'héritier oisif à petite cuillère d’argent.

Sur ces mots le Président du Conglomérat Terrien lui avait serré la main et tourné le dos, la seconde suivante, il quittait la chambre, encadré de ses gardes du corps armés jusqu'aux dents.

Ensuite tout s’était enchainé très vite : le traitement médical pour supporter le vol spatial et s’assurer qu’il s’adapterait sur Balayahla, les séances d’endoctrinement pour que sa nouvelle personnalité lui colle à la peau. L’entrainement à la vie d’homme riche fut peut-être ce qu’il eut le plus de mal à appréhender, lui qui n’avait connu qu’une modeste vie de salarié et de chômeur.
On lui avait aussi octroyé une compagne, une assistante plutôt. Capable de s’acquitter de toutes les tâches matérielles imaginables et d’un embryon de capacité de réflexion philosophique. Le dernier modèle d’amazone guerrière produite par le Conglomérat Terrien. Un droïde anamorphique expert en guerre et en amour, le modèle IX4, autant capable de piloter le dernier modèle de Yacht stellaire de la Terre à Balayahla que de diriger les approches dans le lit de sa suite royale. Il avait décidé de la nommer IseultX4 aux mains blanches, car lui s’appelait déjà Tristan.

Puis ce fut le départ de la Terre, plutôt triste. Il pleuvait ce jour, le ciel de printemps restait obstinément gris depuis un mois, il aurait pu neiger tellement la température restait basse. Sur les vitres de la base coulait cette mélasse marron fruit de la pollution ramassée par la pluie dans sa chute à traverse l’atmosphère pourrie par les usines d’armement. Seuls ses deux instructeurs assistèrent au décollage pour respecter l’étiquette de sa nouvelle caste, impatients de rentrer chez eux. Personne ne le regretterait sur ce monde où il n’avait plus d’amis.
Il avait réclamé le droit d’effectuer deux orbites autour de la planète avant d’enclencher le plan de vol. L’autorisation avait finalement été accordée mais on lui avait promis qu’il n’y aurait pas de troisième tour. Malgré les calmants qui l’avaient placé dans un état quasi comateux, il avait pleuré pendant les deux jours suivants et s’était finalement décidé à céder à la suggestion d’IseultX4 qui lui conseillé de se mettre en hibernation pour six mois. Le voyage allait durer deux ans et à son éveil, dans six mois, il serait suffisamment loin de la Terre pour ne pas la voir sur tous les écrans et faire une rechute de nostalgie.

 

Sa destination était Balayahla la Douce, une planète membre de l'Union Alien.

Balayahla se sinuait à l'autre extrémité de la Voie Lactée par rapport à la Terre. L'Union Alien et le Conglomérat Terrien sortaient tout juste de deux siècles de drôle de guerre, des affrontements en pointillés, tels des feux de savane, les combats embrasaient l’espace pendant quelques dizaines d’années puis sans plus de raison retombaient, en veille pour un temps indéterminé. Une lutte acharnée pour le contrôle de systèmes planétaires habitables et favorables à l‘implantation de chacune des deux espèces. La dernière séquence de dix ans avait mis à genoux les deux puissances galactiques si opposées dans leurs cultures. Il avait fallu l’intervention du Consistoire Galactique pour mettre fin aux hostilités et ramener par la force les deux partis à la table de négociations. Ils y avaient signé une paix salvatrice pour leurs populations.

 

Balayahla la Douce était une immense planète, un monstre de cent fois la taille de la Terre. Elle tournait autour d’une étoile de mille fois celle du soleil. Un jour Balayahlaien durait environ un jour terrestre et la gravité était équivalente à celle de la Terre. L’Union Alien en avait fait une réserve écologique présentée comme l’aboutissement de milliers d’années de culture.
Un vaste océan occupait quatre-vingt pour cent de la surface de la planète, les terres se réduisant à des archipels d’iles souvent féériques disséminés aléatoirement sur toute cette étendue d’eau. Les pôles étaient recouverts de glaces et l’équateur brulé par les rayons de l’étoile géante. Une vingtaine de lunes de tailles diverses orbitaient au-delà d’une brillante ceinture d’astéroïdes visible du sol à l’œil nu. La faune originelle de la planète s’était complétée, depuis que l’Union Alien y avait pris pied, des multiples formes de vie réunies en son sein et capables de voyager. L’une de ces espèces, les Zylchs, était chargée de la gestion de la planète. Ils avaient été choisis pour leur capacité à mettre leurs esprits en réseau, ce qui leur permettait de traiter des problèmes très complexes. Le seul inconvénient de ce mode de gouvernance était le temps relativement long que prenait le chainage de tous les Zylchs au sein d’une unique entité.
Les Zylchs avaient toujours été des stratèges au sein de l’Union Alien, laissant l’action à des races plus vives et opérationnelles. Dès l’origine de la colonisation, ils avaient proposé et obtenu que la planète ne soit pas exploitée pour ses ressources minières pourtant innombrables. Les seuls produits extraits de Balayahla devaient être obtenus en utilisant des moyens technologiquement écologiques et respectueux de l’environnement.
La planète était un producteur agricole de premier ordre. Ses récoltes et spécialités approvisionnaient non seulement l’Union Alien mais aussi une partie de la galaxie. La plus célèbre était l’élixir d’amarante. Cette boisson était obtenue à partir d’une plante semi-aquatique dont les fruits, une fois fermentés grâce la faune microbienne unique de Balayahla, produisaient un nectar divin. Rares étaient les espèces galactiques qui n’étaient prêtes à payer le prix fort pour y gouter, ne serait-ce qu’une fois dans une vie.
Tristan s’était présenté comme un milliardaire du Conglomérat Terrien venu étudier la possibilité d’organiser l’export d’élixir d’amarante vers le Conglomérat Terrien et ses baronnies.

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