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Fleetwood Mac – I believe my time ain’t long

Jeff Beck - The revolution will be televised

 

Le temps s’écoulait tranquillement pour Tristan.

Mais de leur côté, les Zilchs, malgré toutes les pistes explorées par Gov, n’avaient pas progressé sur l’énigme Tristan et IseultX4. Ils avaient décidé de tenter le tout pour le tout dès que possible.
Au fils de ses expériences, Gov avait noté le goût de Tristan pour l’élixir d’amarante et le jazz. Il lui avait donc proposé de venir écouter un enregistrement unique d’un très célèbre jazzman récupéré auprès du même antiquaire galactique qui avait fourni le Steinway. Le tout en goutant une cuvée millésimée d’élixir d’amarante.
Gov avait manœuvré pour que son invitation tombe une de ces soirées où IseultX4 s’absentait pour réaliser son programme d’entretien féminin, tache bien plus longue que celle dédiée à l’entretien masculin qu’elle n’opérait que tous les six mois.
La soirée avait agréablement débuté, la musique de Franck Sinatra flottait douce et déchirante, elle rappelait à Tristan une de ces bossa punk dont il avait toujours été friand. Sinatra était réellement un expert au trombone. L’alcool avait coulé sans aucune retenue.

Ils étaient maintenant tous deux totalement ivres et avaient entrepris de se raconter leurs vies et d'évoquer ces souvenirs intimes que l'on ne raconte que lorsqu'on est certain d'être écouté par une oreille bienveillante, l’ivresse étant réputée rendre toute oreille bienveillance.


Ce que Tristan ne savait pas c’est que les Zilchs n’étaient pas sensibles aux effets de l'alcool. Ils pouvaient en absorber des hectolitres par leur trompe sans ressentir la moindre gêne. L’alcool c’était pour les touristes, eux se grisaient dans les vibrations infra soniques. Et Gov ce soir-là exploitait toutes ses connaissances sur l’état d’ivresse acquises dans des lectures de l’œuvre de Charles Nietzsche-Bukowski pour tenir le rôle de l’ivresse. Ce dont il s’acquittait avec un talent certain car jamais Tristan ne remarqua rien. Il plaça les fréquentes allusions au surhomme sur le compte de la mauvaise traduction d’une notion dont il n’avait rien à battre vu la qualité de l’élixir d’amarante.

Emporté par la musique que Gov avait volontairement choisie très nostalgique, Tristan s’était finalement mis à table pour raconter ses souvenirs de terrien loin de son pays.

-          J'ai commencé à travailler assez jeune, mes parents n’avaient pas les moyens pour me payer des études prolongées.

-          Mais on vous décrit comme une des plus grosses fortunes du Conglomérat Terrien ?

-          Ma fortune est arrivée sur le tard, pendant mes quarante premières années de vie d'adulte, j’ai vécu pauvre, soit salarié soit chômeur.

Pendant qu’ils parlaient, leur vision perdue dans la brume de leurs esprits imbibés d’amarante, accrochés à leurs verres comme à des bouées au milieu de la tempête alcool, dans cette lenteur philosophique qui avait gagné les discours, Gov, régulièrement, allongeait discrètement un tentacule qu’il avait enroulé autour de la bouteille jaune d’amarante et remettait à niveau les verres. Un groupe de musicos local avait pris la suite de Sinatra et arrosait le bar de leurs ondes musicales évoluées.

-          Mais qu'avez-vous fait pendant toutes ces années ? Ici nous ne travaillons pas, le concept terrien nous a toujours étonné.

-          Moi j'adorais travailler, vous devriez essayer.

-          J'ai tenté pour mieux m’imprégner de votre culture, mais je me lasse rapidement, pourtant j'ai respecté des critères qui m’ont semblé ceux des terriens : tache répétitive, dont on ne comprend pas forcement la finalité, versement d'une rémunération assez faible dont la quasi-totalité est immédiatement subtilisée par une complexe administration bancaire et étatique.

-          Moi j’adorais le travail mais on m’a empêché de travailler.

-          Comment ça on vous a empêché de travailler ?

-          Je ne devrais pas vous le dire, mais je sais que je peux vous faire confiance et que notre conversation ne sortira jamais de votre esprit.

-          Je vous promets que dans la mesure ou demain, après avoir cuvé l’alcool absorbé, si je m’en souviens encore, ceci ne quittera jamais mon esprit

De toutes manières Tristan était déjà lancé et quoi qu’ait pu maugréer Gov, il aurait continué.

-          Dès que je suis sorti de l’école j'adorais tellement la sensation procurée par le travail qu'après avoir passé un an dans une première entreprise, je décidais de me mettre à mon compte. Cela tombait bien car l'entreprise où je travaillais éprouvait des difficultés. Le marché était dur, et malgré des années de succès, elle déposa le bilan peu de temps après mon départ.

Gov profita d’une pause pour ouvrir une autre bouteille : parler donnait soif et boire donnait envie de parler, cela semblait une caractéristique terrienne.

-          Une fois installé à mon compte, mon entreprise fonctionna bien pendant un an. Et puis je me mis à perdre mes clients. Ils faisaient faillite. Je perdais aussi mes principaux partenaires, leurs affaires périclitaient inexplicablement ou ils tombaient malades. Parfois c’étaient leurs produits qui ne fonctionnaient plus ou devenaient invendables.
Comme entretemps je m'étais marié, ma femme m'incita à reprendre un emploi de simple salarié pour stabiliser nos revenus et payer l’éducation de nos enfants.

-          Il faut payer pour acquérir une éducation sur Terre ? Chez nous tout cela est simplifié par le chainage des esprits qui permet de délivrer la totalité de nos connaissances à nos enfants sans créer de différences.

Sous l’effet de la surprise, Gov avait failli oublier de jouer son rôle de Zylch ivre. Mais Tristan continuait tel un bulldozer investit de la mission de raser la forêt vierge des connaissances de la culture humaine de Gov.

-          Je rentrais donc comme employé dans ce qu'on appelait chez nous une startup. Une jeune société riche en promesses de retours sur investissements juteux. La société était en pleine phase d'expansion à mon arrivée. Mon action permis de décupler les revenus sur les premiers mois, mais avec le temps, plus la startup embauchait de personnel et plus les choix de ses dirigeants semblaient inopportuns, à contresens du marché.
Quelques mois plus tard, nous nous sommes retrouvés dans la zone rouge et ce fut le licenciement. Adieu les millions de stocks options. Trois mois après mon licenciement, la startup déposait son bilan.
C’est d’ailleurs à ce moment que tout le marché des startups fit faillite, des milliers de sociétés et d’emplois perdus. Les économistes parlaient dans ce cas d’une bulle spéculative qui explosait. Une manifestation classique depuis des millénaires dans l’économie terrienne. De nombreuses théories avaient exploré ce fonctionnement et à l’unanimité, les peuples de la planète l’avaient adopté comme le meilleur système pour notre humanité.

-          C’est incroyable cette notion d’entreprise et de libre marché qui existe sur Terre, cet océan d’affaires dans lequel éclatent des bulles. Dans l’Union Alien chaque intelligence qui a envie de réaliser un projet reçoit un appui indéfectible de la communauté pour mener son projet à terme.

-          Gov, sur Terre cela n’a jamais existé, c’est parfois même contraire aux lois. Donc je me suis retrouvé au chômage quelques temps, mais j'ai rebondi et suis rentré dans une multinationale qui était implantée sur plusieurs planètes, des centaines de milliers d'employés, des bureaux de partout, des ressources à n’en plus finir, à tel point que les recenser occupait au moins 20% des employés.

-          Ha vous appelez ça rebondir ? Comme une balle ?

-          Oui c’est ça, reprendre une trajectoire après avoir heurté un obstacle.

-          Les terriens ont toujours aimé la cinétique, les Zylchs préfèrent la beauté des trajectoires, nous sommes moins dans l’instant.

-          Je rentrais dans la structure alors qu'elle se déployait sur de nouvelles planètes. C'est à ce moment que le brasier des guerres entre le Conglomérat et l’Union Alien s’enflamma de nouveau. Vingt ans de répit nous avaient été accordés mais c’était terminé. Ce fut une nouvelle phase de rigueur pour tout le Conglomérat Terrien. Et six mois plus tard j'étais à nouveau au chômage, la multinationale avait été découpée et revendue en appartements à ses concurrents.

-          Oui je me rappelle de cette reprise du conflit, c’est ce qui a conduit au siège d’Aldébaran. Un groupe de colons terriens avait terraformé une planète au mépris des vies indigènes, les remplaçant par des androïdes à leur image.

Tristan, emporté par son histoire ne s’interrompait presque plus aux coupures de Gov, surtout qu’il le pensait aussi ivre que lui sinon plus, surtout quand il se mit à éructer :

-          Ce qu'on fait par amour l'est toujours par-delà le bien et le mal.

C’était incompréhensible et il continua donc de déverser son récit dans l’oreille virtuelle de son copain d’ivresse, car Gov ne possédait pas d’oreilles au sens propre, plutôt une myriade de petits senseurs ovales changeant de couleur, disposés tout autour de ses branchies.

-          Je traversais une phase difficile et mon couple, une sorte d'entreprise intime, explosa en vol.

-          Le couple, quelle notion étrange. Depuis mon expérience avec IseultX4, j’ai découvert que certains de nos frères Alien vivent ainsi. Nous l’avons peut-être pratiqué il y a très longtemps, avant de découvrir le chainage des consciences.

-          Ma femme qui était inexplicablement tombée malade plusieurs fois depuis notre mariage et souffrait d’une permanente névrose, me quitta. Elle emmena avec elle nos enfants, me déclarant que c’était pour les sauver de mon influence, depuis je ne les ai plus jamais revus. Elle invoqua une force néfaste qui émanait de moi et dont elle voulait préserver ce qui restait de cette famille.
Je n'eus pas le courage de la contredire. Le doute commençait à gagner mon esprit. Je me sentais radioactif, si vous voyez-ce que je veux dire.

-          Vous étiez surtout complètement déprimé, c’est quelque chose que nous connaissons aussi. Chez nous c’est très grave car cela peut très vite gagner toutes les consciences liées par les chaines du partage social. Vos militaires ont longtemps cherché une arme qui déclencherait cette réaction en chaine au sein de nos armées. Mais nos combattant sont rarement des Zylchs, nous connaissons cette faiblesse de notre race. Nous préférons utiliser des mercenaires dont nous achetons le cerveau pour une fortune qui est reversée à leurs agents, ensuite nous formatons ces cerveaux et ces corps pour en faire des combattants. C’est plus élégant. Nous avons bâti de grandes usines sur quelques planètes nettoyées pour le besoin et procédons en masse à ces transformations.

-          - Ha Ha Gov, ton humour me prendra toujours par surprise, Tristan avala un nouveau verre servi par Gov qui simulait un rire tonitruant tout en le servant. Tristan reprit sa confession.

-          Je n'eus plus par la suite que des contacts épisodiques avec des femmes de passage et j’évitais soigneusement tout contact avec mes enfants et proches de peur de les contaminer. J’étais certainement en pleine maladie mentale mais il y avait autre chose. Cette femme avait raison.

-          Mais vous n’étiez pas en état de le diagnostiquer. Un esprit malade peut-il diagnostiquer sa maladie. Pardonnez-moi mais un fou se rend-il compte de sa folie ? Un de vos grand penseur lui-même interné a beaucoup écrit sur ce sujet. Un nommé Mac Donald qui délivrait son enseignement dans un tonneau.

-          Je suis passé par des dizaines d’emplois sommaires, j’ai envoyé des milliers de CV et croyez-moi ou non, mais certaines sociétés à qui j’envoyais ma candidature faisaient faillite dans les semaines suivantes.
C'est alors que je fus réquisitionné dans un emploi subalterne au ministère de la guerre. Tel que vous me voyez, vous pouvez constater que je n'ai pas la morphologie d'un combattant, ma spécialité est dans la construction, l'organisation. C'est du moins ce que tous les tests avaient toujours mis en relief.
Et en période de guerre, ces prédispositions sont appréciées. Je me retrouvais donc dans une unité chargée de l'organisation des bases militaires, de la structuration des corps d'armées, des approvisionnements en nourriture et en armes.

-          J’étais moi-même dans une telle organisation ainsi que dans la planification de la stratégie, nous menons ces tâches en parallèle. Je ne trahi aucun secret en avouant cela, vos troupes s’en sont aperçu assez rapidement. Nos stratégies de mouvement …

A ce stade, Tristan était complètement ivre, ils avaient déjà éclusé six bouteilles d’élixir, son esprit bouclait et ne prenait plus du tout la peine d’écouter les mièvreries de Gov sur la manière dont les Zylchs menaient une guerre et gagnaient des batailles.

-          En trois ans, malgré les sacrifices du peuple terrien, malgré les milliers de pertes humaines sur les champs de bataille, malgré les rares sursauts de fierté qui permettaient d'inscrire quelques succès au tableau, le Conglomérat Terrien fut amené au bord de la défaite.
Et c'est dans ces conditions que nous avions signé la paix avec votre peuple. Traité en apparence imposé par le Consistoire Galactique mais que chaque terrien avait accueilli favorablement car il sauvait que cela lui sauvait la vie.

Engagé de tout son être dans son rôle Nietzscho-Bukowskien, Gov s’attachait à toujours répondre une vérité, même si cela brisait un secret Alien jusqu’à là bien gardé.

-          Nous le savions, nous avons laissé courir le bruit que nous étions nous aussi à court de ressources, car cette guerre qui s’éteignait puis repartait sans raisons depuis deux siècles ne nous convenait pas. Elle nous empêchait de nous concentrer sur notre grand projet de partage équitable des ressources de la galaxie entre tous les êtres vivants.

Tristan s’en foutait royalement de leur projet aberrant. Cette race était réellement incompréhensible.

-          Curieusement je ne fus pas immédiatement démobilisé. C'est vers cette période que je reçu impromptu la visite du Président du Conglomérat.

A ces mots, Gov arrêta instantanément de broder des réponses réalistes pour alimenter l’histoire de Tristan. Il sentit qu’ils étaient près d’apprendre enfin les raisons de sa présence sur Balayahla. Et le tour que prenait l’histoire confirmait les pires craintes Zylchs concernant un coup fourré du Conglomérat.

-          Je l'avais souvent contemplé de loin mais il était là, en chair et en os dans ma petite chambre de militaire, ses larges épaulettes rehaussant un costume à la coupe impeccable, promesse pour chacun d’un avenir brillant, d’impôts au montant astronomique toujours prélevés en temps et en heure quelles que soient les conditions, de justice délicieusement lente et de lendemains chantant, même si parfois c’était d’une voix cassée.
Bref, il me broya chaleureusement la main, en toute simplicité. Réclama un café qu’un de ses aides de camp lui apporta dans la seconde. S'enquit de ma santé et de mes conditions de vie avant d'en venir rapidement au fait.

Les yeux encore plongés dans le souvenir de cet instant ô combien émouvant, après cette tirade, Tristan reprit sa respiration. Gov était trop dans l’attente de la suite pour meubler le bref silence.

-          Voici ce qu’il m'expliqua : une puissante intelligence artificielle, le summum de la technologie du Conglomérat Terrien, avait analysé les causes de la défaite. Elle avait réalisé une synthèse sur des milliards de données et était arrivée à la conclusion que j'étais le problème, la cause de la défaite.

Gov avait chainé son esprit avec tous les Zylchs de la planète et ils étaient tous suspendus aux lèvres de Tristan comme un seul énorme Zylch virtuel. L’horreur commençait à les saisir car ils avaient déjà compris que Tristan était une arme, mais quel type d’arme ?
Tristan repris son témoignage.

-          Je me rappelle encore du silence lourd qui avait suivi ces cinq derniers mots : la cause de la défaite. Le président restait de marbre. Ma surprise était telle que je me demandais un instant si ce n’était pas une farce. Mais pour quelle raison le Président du Conglomérat me jouerait-il une farce ? Pourquoi m’avait-il choisi, moi qui ne représentait rien, que personne ne connaissait, moi qu’il ne connaissait ni d’Adam ni d’Eve. Politiquement je n’avais pas l’envergure d’un fusible capable de porter la défaite. C’était un cauchemar.
Je te le garantis Gov, le pire que je n’ai jamais fait, Gov. Le pire.

Sans s’en rendre compte, il tutoyait Gov qui était devenu son frère alien de beuverie. A la vie, à la mort. Et Gov subtilement passa sur le même registre pour accéder au fond de l’information.

-          Mais alors tout ce que tu racontes ce n’était qu’un rêve, tu plaisantais ?

-          Malheureusement non. D'après les analyses statistiques, ma seule présence suffisait à faire capoter à plus ou moins court terme tout acte constructif impliquant plusieurs intelligences. Les conclusions de l’IA étaient irréfutables.
Quand je travaillais dans une entreprise elle était condamnée.
Quand je travaillais en indépendant, les affaires de tous mes partenaires et de tous mes clients périclitaient.
Quand j’entamais une relation de couple, ma partenaire était poussée au suicide.

Quand je louais un appartement dans un immeuble des fissures apparaissaient dans les murs porteurs.

Quand je montais dans un transport, il n’était pas rare qu’il se crashe au vol suivant.

Et quand je restais suffisamment longtemps à partager la vie d’une espèce, sans même servir dans son armée...

 

Le silence de ces instants ultimes d’ivrognerie s’installa. Le moteur logique de la chaine des Zylchs turbinait à vide, bloqué sur cette information impossible à digérer. Déjà de nombreuses branches chargées des déductions de cohérence annexes envoyaient des alarmes. Cette histoire n’était pas crédible, une divagation crée par l’alcool dans un esprit créatif, névrosé et poète. Mais Tristan continuait.

-          L’intelligence artificielle elle-même avait rencontré panne sur panne à mesure que sa conclusion se forgeait. Bref, je portais la poisse. L'IA avait conclu, à défaut de comprendre, qu'il fallait se débarrasser de moi.

-          Tristan ton histoire est un peu tirée par les tentacules. Dis-moi que tu inventes tout.

-          J’appris par la suite que c'est un des ministres du Conglomérat Terrien qui m'avait sauvé la vie en suggérant d’utiliser mon potentiel à sa juste valeur plutôt que de simplement me liquider. C'est pourquoi on m'ouvrit une ligne de crédits illimitée et l'on m'expédia illico chez vous. Ça ne pouvait pas faire de mal.

Tristan avait fini son récit, le calme régnait sur le bar, la musique s'était arrêtée depuis longtemps sans qu'aucun des deux protagonistes ne l'eut remarqué.

-          Vous avez ... certainement … les moyens ... de vérifier. Baragouina Tristan avant de s’écroulé terrassé par l’élixir d’amarante.

Les tentacules de Gov avaient longuement frétillé, signe de grande réflexion. En lui-même il ne pouvait que constater les faits : depuis que Tristan avait mis les pieds sur la planète quelque chose avait changé. La natalité avait baissé sans raisons.
Et puis il y avait eu cet accident, le croiseur du président de l'Union Alien avait émergé de l’espace Warp au cœur d'une planète suite à une impossible erreur de calcul, ratant sa destination de plusieurs millions de kilomètres.
Et cette pluie de particules ultra perforantes qui avait pulvérisé les planètes minières sur la frange du système, interrompant la production industrielle.
Et les plages de Balayahla qui s'étaient couvertes des corps de milliers de gros cétacés marins semblable à des baleines, des frères Alien. Ils étaient venus chercher du secours sur les plages mais n'avaient pu être sauvés, se vidant de leur sang, les veines rongées par des parasites.

Gov connaissait les mythologies terriennes et il se rappelait les récits bibliques des sept plaies du Royaume de France-Hollande, mais, encore une fois, les Zylchs ne croyaient plus en dieu depuis bien longtemps.
Pour la chaine de déduction Zylch, les voies de sortie de cette impasse n'étaient pas nombreuses. Ils ne pouvaient se débarrasser de Tristan car ce serait considéré comme une atteinte au traité et ses garants appliqueraient les clauses d'éradication de la civilisation coupable. Surtout que certains dans Le Consistoire Galactique seraient bien contents de récupérer les plantations d’amarante et leur élixir.
Ils ne pouvaient non plus accuser le Conglomérat Terrien de coup bas : il voyait déjà les rires qui en résulteraient.
Mais ils ne pouvaient pas conserver Tristan sur cette planète.
Tristan était ivre mort, après une nuit de sommeil, il ne se rappellerait certainement plus avoir raconté son histoire, l’élixir d’amarante possédait cette délicieuse vertu d’oubli.
Gov avait enroulé un de ses tentacules autour d’un des pieds de Tristan et l’avait trainé dans la suite qu’il occupait sur le yacht. Puis il s'était éclipsé, accablé par ce qu’ils avaient appris. Les Zilchs avaient passé une nuit blanche pour évaluer la situation. Ils avaient mobilisé le Très Grand Réseau de Réflexion, celui qui chainait tous les Zylchs vivants. L'entité surpuissante avait pesé toutes les probabilités, récolté des confirmations du récit par ses informateurs sur Terre, mis en scène des simulations.
Les conclusions avaient été que leur civilisation passait par une phase de fragilité extrême et qu’elle n’était pas certaine de survivre à la prochaine décennie.

Lorsqu’il avait émergé, en fin de matinée, Tristan avait retrouvé Gov, les tentacules un peu ramollis et rendues malodorantes par sa nuit sans sommeil. Il l'attendait dans le bar du yacht. Il avait commandé l’équivalent ondulatoire Zylch d’un café et le dégusta lentement avant de prendre la parole.

Gov proposa le marché suivant : il doublait la ligne de crédit offerte par le Conglomérat Terrien et y ajoutait la communication du secret de la technologie de partage des esprits Zilch ainsi qu’un approvisionnement à vie en élixir d’amarante.

En contrepartie Tristan devait quitter au plus tôt l'Union Alien et se rendre dans les montagnes féériques du Royaume de Flex. Il devait y séjourner suffisamment longtemps pour que sa présence ait un impact que chacun puisse constater.

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